Un troisième exercice de dessin s'inspirant de photos d'Edward Weston

Voir la rubrique Livres de photographie artistique sur le corps pour les détails sur les livres de nus d'Edward Weston

La photo semble avoir été prise lorsque le sujet était en mouvement. Le haut du corps est légèrement incliné et les jambes sont entrouvertes comme si le modèle était en train de se lever ou de s'asseoir et qu'il cherchait son équilibre.

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Croquis des grandes lignes

Comme dans les photos qui ont servi d'inspiration pour les deux dessins précédents, le sujet est éclairé en mode frontal, et les formes se découpent clairement sur le fond.

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Rendu sommaire des ombrages à l'estompe

Les formes du corps sont remodelées et ajustées à plusieurs reprises au cours des étapes. Dans certains cas des modifications peuvent encore être faites lors de la finition. C'est l'avantage du graphite qui permet plusieurs effacements successifs.

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Dessin des contours

Tout au long du processus, il est essentiel de « laisser vivre » le dessin. Lui permettre de se transformer à loisir sans l'enfermer dans le carcan d'une vision ou dans la prison piégée des attentes. Il s'agit d'une interprétation et non d'une copie conforme reproduite mécaniquement, ce qui veut dire qu'il est possible de s'inspirer de la même photo à plusieurs reprises, de la redécouvrir à chaque fois sous d'autres angles et d'en tirer un dessin tout à fait différent.

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Rendu des valeurs avec hachures

La gamme de tons de la photo qui a servi d'inspiration est assez foncée, ce qui exige un plus grand nombre de hachures et contre hachures pour rendre adéquatement toutes les nuances des dégradés et des valeurs.

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Détail des hachures

Pour les personnes qui voudraient reproduire l'exercice de dessin d'après cette photo et qui désireraient imprimer le jeu de hachures du dessin en haute résolution, un fichier pdf est disponible sur demande en utilisant l'adresse figurant sur la page « contact ».

Suite de l'article Apprendre à dessiner le corps humain en dessinant d'après des photographies artistiques

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Comme dans le cas de la photo qui a servi d'inspiration au dessin précédant, il s'agit d'un détail du corps dans une composition assez simple.

Le modèle est tourné de trois quarts, une main sur la hanche, et l'autre ramenée sur le cœur, au dessus du sein.

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Croquis des grandes lignes

La richesse de la photo est en grande partie due aux nombreuses nuances de tons. Comme dans beaucoup de photos d'Edward Weston, le sujet est éclairé en mode frontal, comme si la lumière venait de l'appareil photo.

 

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Rendu sommaire des ombrages à l'estompe

L'avantage de dessiner des détails du corps, c'est la possibilité d'interpréter les contours et les modelés avec beaucoup plus de finesse que si l'ensemble du sujet était représenté sur la même surface.

 

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Dessin des contours

Les grandes surfaces des détails du corps favorisent également un rendu plus nuancé des valeurs et des dégradés. Dans ce cas-ci, les ombrages de l'arrière-plan font ressortir les zones lumineuses du sujet.

 

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Rendu des valeurs avec hachures

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Détails des hachures

Pour les personnes qui voudraient reproduire l'exercice de dessin d'après cette photo et qui désireraient imprimer le dessin en haute résolution, un fichier pdf est disponible. Envoyer votre demande par courriel à l'adresse figurant sur la page « contact » et le pdf vous sera envoyé par retour de courriel.

Nous suggérerons régulièrement sur ce site des livres de photographie artistique dont les images sont particulièrement adéquates pour apprendre à dessiner le corps, en les utilisant comme modèle ou source d'inspiration.

Pour les personnes qui débutent et qui cherchent à sensibiliser leur dessin à la fluidité et aux nuances des formes de vie, nous recommandons de commencer par les photos d'Edward Weston.

Edward Weston (1886-1958) est considéré comme l'un des plus grands photographes américains. Ce qui nous intéresse plus particulièrement, du point de vue du dessin du corps, c'est que son apport, comme celui de certains autres photographes de son époque, a été déterminant pour amener un regard plus ouvert et moins jugeant sur le corps humain, en particulier dans le contexte puritain de l'Amérique du Nord.

Ses œuvres de nu regroupent surtout des détails, simples et dépouillés, du corps humain.

Les photos d'Edward Weston sont souvent très claires, d'une composition quasi-irréprochable et d'une grande richesse de tons et de nuances, invitant l'artiste qui s'en inspire à rendre la gamme complète des valeurs.

Edward Weston, à l'encontre de la photographie de son époque qui était de facture beaucoup plus romantique, essayait de capter le sujet dans sa réalité, au travers d'une grande fidélité au modèle et avec le moins d'interventions possible.

En privilégiant la netteté et un éclairage presque frontal, Edward Weston a donné à beaucoup de ses photos de nu une qualité graphique qui en fait déjà presque des dessins.

Tout cela contribue au fait qu'à mon avis, les représentations du corps d'Edward Weston sont parmi les plus faciles à copier pour la personne qui apprend à dessiner le corps.

Il est possible de voir un aperçu des photos de nu d'Edward Weston sur son site officiel, présenté et entretenu par ses petits enfants
http://www.edward-weston.com/edward_weston_nudes.htm

Les photos sont cependant généralement passablement plus foncées que celles du livre publié par Aperture, Edward Weston: Nudes que j'ai personnellement trouvé idéales pour dessiner.

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Exemple de dessin
d'après une photo d'Edward Weston

La photo qui a servi de modèle est celle qui apparaît en page couverture du livre mentionné plus haut.

Un exemple plus foncé est disponible en ligne sur le site officiel de Weston au :
http://www.edward-weston.com/edward_weston_nudes_15.htm

En tout premier, les grandes lignes de la composition sont sommairement esquissées, puis corrigées le cas échéant à plusieurs reprises pour ajuster les proportions.

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Croquis sommaire avec lignes de construction

Pour mieux voir les proportions, tracer au besoin quelques légères lignes de construction pour situer l'emplacement des formes et volumes. Comme dans ce cas-ci, une ligne verticale permet de voir que l'avant du pied droit est situé sur le même axe que le ventre.

Observer la balance entre les lignes plus rectilignes (exemple, avant des mollets) et les arcs de cercles, comme par exemple le dessus de la cuisse et l'arrondi de la fesse.

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Rendu sommaire des valeurs

Situer sommairement à l'estompe les valeurs principales de l'image. Remarquer le jeu de contraste plus élevé autour des pieds, avec des tons plus pâle et plus foncés, ce qui enracine en quelque sorte le bas de l'image.

La lumière frontale met particulièrement en valeur les contours et élimine les clairs obscurs qu'aurait amenés un éclairage plus latéral.

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Confirmation des contours

Avec un crayon bien aiguisé, confirmer le modelé des contours, et le cas échéant les corriger.

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Détail avec jeu de hachures

Bâtir graduellement les nuances et dégradés de tons au moyen de légères hachures au crayon. Utiliser le crayon efface pour inscrire des tons plus pâles dans le fond estompé.

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Détail des hachures au sol

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Rendu d'ensemble des valeurs.

Pour les personnes qui voudraient reproduire l'exercice de dessin d'après cette photo et qui désireraient imprimer le pas à pas des diverses étapes en haute résolution, un fichier pdf (un peu plus d'un meg) est disponible sur demande. Envoyer votre demande par courriel à l'adresse figurant sur la page « contact » et le pdf vous sera envoyé par retour de courriel.

Une des meilleures choses qu'il puisse arriver, durant une séance de dessin face à un modèle nu, c'est que la nudité du sujet renvoie à notre propre nudité, c'est-à-dire que nous nous reconnaissions nous-mêmes « tout nus » devant le modèle.

L'être humain est né nu et vulnérable.

Mais l'être humain n'aime pas beaucoup se sentir nu et vulnérable, préférant généralement s'identifier à la force et à l'invulnérabilité.

Tout ce qui peut habiller, revêtir, couvrir, masquer, protéger est le plus souvent bienvenu.

Dans le cas de l'artiste, son premier « costume » est son identité d'artiste, derrière laquelle plusieurs se protègent des insécurités et questionnement existentiels, ses souliers, parures et accessoires vestimentaires lui viennent de ses outils ou habiletés, et son armure ultime est forgée sur le concept de la maîtrise de son art.

Or la création d'une œuvre d'art sensible et vivante est soumise au même incontournable que la conception et la mise au monde d'un enfant : cela ne peut se faire sans une certaine ouverture, sans une forme de mise à nu ou d'abandon.

Si la « maîtrise artistique » peut constituer un chemin progressif cumulant les acquis, comme un escalier dont nous sommes appelés à gravir une marche après l'autre, la pratique elle-même nous ramène toujours au point zéro, devant une feuille vierge, ne sachant rien, ayant tout à apprendre et à découvrir, sous peine d'en perdre l'essentiel : ce qu'on pourrait appeler l'amour (Voir l'article précédant, Maîtrise-traîtrise).

L'amour en art, comme l'amour entre deux êtres, est exigeant en ce sens qu'il ne peut se reposer sur rien d'autre que sur la qualité de présence et d'attention à l'autre, au cœur de l'instant et dans la plus grande vulnérabilité. Dès qu'il s'appuie sur des habitudes, sur des principes ou des certitudes, dès qu'il devient « mécanique » ou s'habille de normes sociales, il signe son arrêt de mort à plus ou moins brève échéance.

La nudité, et à plus forte raison la nudité de la femme, généralement plus sensible et vulnérable, renvoie l'artiste à cette exigence de présence dépouillée, à fleur de cœur.

À moins de s'accrocher à son statut et à son armure d'artiste confirmé (il y en beaucoup qui ne peuvent s'empêcher de le faire), cette remise à nu intérieure va ouvrir la personne qui pratique le dessin à ce que l'on appelle l'inspiration, le modèle-muse lui tenant la main sur ce fragile chemin.

Il y a d'ailleurs une forme d'inversion subtile qui se produit à ce moment là entre l'artiste, qui constitue selon toutes apparences l'élément actif de la séance de dessin d'après modèle, et le sujet, lequel incarne la partie passive et immobile.

Quand l'artiste accepte de se retrouver intérieurement mis à nu, qu'il accueille sa réceptivité-vulnérabilité, c'est en quelque sorte le modèle-sujet qui devient subtilement « actif », guidant l'artiste dans le processus de réalisation de l'œuvre. Tout cela sans un seul geste ni un seul mot.

Plusieurs modèles ont constaté ce phénomène.

Nous avions, lors d'une session de dessin d'après modèle, accueilli une femme particulièrement enjouée. Étudiante en danse, son professeur lui avait conseillé de faire du modèle nu pour sortir des complexes qui l'handicapaient dans ses mouvements de danse. Lorsqu'elle posait, nous avions remarqué qu'elle ne cessait de bouger les yeux dans tous les sens. Interrogée durant la pause, à savoir si quelque chose la dérangeait, elle nous répondit qu'elle ne pouvait s'empêcher de regarder tour à tour les yeux des personnes qui la dessinaient, parce que disait-elle « dès qu'une personne se met à dessiner, son regard s'adoucit et son visage devient celui d'un enfant ». Son plus grand plaisir était d'observer cette métamorphose et de contempler les « visages d'enfants » tournés vers elle, lesquels se raccrochaient en quelque sorte à sa présence.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le mystère de la relation entre le modèle et l'artiste.

Certains auteurs ont d'ailleurs fait un travail considérable en ce sens.

L'ouvrage le plus complet consacré spécifiquement à ce sujet, à la fois sur le plan historique et analytique, est sans doute celui écrit par France Borel : « Le modèle ou l'artiste séduit », publié dans la collection Skira. Définitivement à lire pour toute personne qui s'intéresse au sujet!

Au-delà de l'analyse du sujet, laquelle verse souvent du coté de la psychologie motivationnelle et relationnelle entre le modèle et l'artiste, il demeure toujours un mystère que l'on ne peut toucher qu'au travers de la rencontre de cette double nudité, à la fois celle du corps et de l'âme, l'une révélant l'autre.

Peut-être que ce mystère touche d'une manière ou une autre à la relation entre ce qu'on pourrait appeler le Créateur et sa créature, entre le regardant et le regardé, se ramenant encore une fois à une « histoire d'amour »?

Pour en revenir à la « nudité » de l'artiste devant le modèle, mentionnons que de très rares artistes, surtout des femmes, certaines ayant déjà été elles-mêmes modèles, participent de la nudité de leur modèle durant la séance de pose, non seulement intérieurement, mais aussi en pratique, se dévêtant pour pouvoir mieux adhérer aux processus de dessin de nu.

Un des plus bels exemples publics de cette pratique est celui de l'artiste-modèle et naturiste belge Annick Terwagne, qui de préférence dessine ou peint dans la même tenue vestimentaire que ses modèles. Lire un article à ce sujet.

Pour mieux comprendre l'approche de « Ak », voir le site du couple Annick Terwagne et Jean-François Collignon, lesquels mènent une double démarche pleinement assumée, à la fois d'artistes et de naturistes.

Pour résumer, le dessin d'un modèle nu est toujours une forme de rencontre, en particulier pour celle ou celui qui accepte de la vivre pleinement. Rencontre avec l'autre, avec soi-même, avec le plus vulnérable ou avec le plus grand, peu importe, c'est une rencontre, et comme toutes les rencontres authentiques, cela implique une forme de mise à nu de part et d'autre!

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Nu dans la lumière d'un sous-bois, dessin au graphite
Voir la réalisation par étapes du dessin

Autant le dessin des racines rappelle les formes du corps (voir l’article précédant), autant le dessin des lignes des cheveux en appelle à la même fluidité que les herbes dans le vent, au même mouvement que les filets d’eau d’un ruisseau.
 
Plus les cheveux sont longs, plus ils s’impriment du mouvement de l’eau ou du vent, ils peuvent même dans certains cas évoquer les flammes d’un feu.
 
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Quand on les dessine ensemble, on découvre qu'il y a une forme d'analogie entre le corps humain et les racines d'un arbre. Les contours d'un nu et les lignes de racines mises à nu ont la même fluidité et sinuosité.

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Assemblage de croquis

Le corps lui-même est souvent considéré comme une racine pour la conscience qui y fleurit.

Et ne dit-on pas de quelqu'un qui habite pleinement son corps qu'il est bien enraciné dans la vie ?

Cela vaut la peine de l'essayer, le dessin de racines d'arbres évoque directement les lignes du corps, il est beaucoup plus sensuel et organique que le dessin des branches.

Étapes de dessin au graphite d'un homme nu,
replié sur les racines d'un arbre.

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Croquis de base

Croquis d'après une photo prêtée par le modèle. Le sujet, un homme nu, est couché sur les racines découvertes d'un arbre. La pose n'est manifestement pas aisée, ce qui se traduit par une raideur dans le geste.

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Esquisse après modifications

Pour rendre la pose plus souple et détendue, la jambe qui était repliée sur la poitrine est légèrement dépliée, le bras qui tombait en ligne droite à la verticale est inscrit dans une courbe.

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Rendu sommaire des ombrages

Les ombrages sont disposés de façon à mettre en valeur les racines et les zones de lumière sur le corps.

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Travail de mise en valeur sur le visage et le haut du corps

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Travail de mise en valeur des racines

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Mise en valeur finale avec légère hachures

Oui le titre peut sembler provocant ou quelque peut radical…

Et pourtant, dans le processus du dessin, comme d’ailleurs en amour, cela correspond à une réalité tangible.

Pour dire la chose en une seule phrase, les attentes et volontés de maîtriser une technique nous conduisent tôt ou tard à trahir la relation avec l’être.

Pour être plus précis en ce qui concerne le dessin, si notre attention est entièrement concentrée vers la maîtrise d’une technique artistique, cela se fera en quelque sorte au détriment de l’amour porté au sujet, ou de la qualité de la relation avec l’être représenté.

Pour mieux comprendre, en prenant l’analogie de l’amour humain, si l’un des partenaires est obsédé par la maîtrise de sa technique de séduction ou de sa performance au lit, son conjoint en finira immanquablement par se sentir abandonné ou trahi. Parce que le partenaire en question n’est pas véritablement en relation amoureuse avec un être vivant, il est en relation exclusive avec ses attentes et volontés de maîtrise, d’où une forme d’infidélité à l’être « aimé ».

Cela s’applique de toutes sortes de façons à une variété de contextes. Tout le monde a pu expérimenter, enfant, une forme de trahison de l’amour parental à son égard lorsque l’attente de performance scolaire ou sociale est devenue trop écrasante, occultant du même coup la complicité de tendresse naturelle entre le parent et l’enfant.

Pour en revenir au dessin, commençons par aimer. L’amour sincère porté au corps ou au sujet entrainera inévitablement une forme de « savoir-faire » souple et intégré, alors que l’incessante quête de performance et de maîtrise ne peut faire autrement qu’engendrer déceptions et frustrations, malgré les rares instants où l’artiste chevronné peut s’estimer content de lui-même.

Parce qu’en définitive, devant la page blanche, comme face au sujet ou en début de relation amoureuse, les pendules sont d’une certaine façon toujours remises à zéro. Nous sommes obligés de s’avouer que nous ne savons rien, se reconnaissant nous-mêmes vierges devant l’inconnu, ayant une fois de plus tout à apprendre, à découvrir et à connaître !

Ci-dessous quelques croquis et esquisses préparatoires pour apprivoiser le sujet.


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Imaginez un comédien qui sur scène jouerait son rôle en gardant la tête froide, en évaluant et en analysant toute ses répliques, en gardant sans cesse une distance critique face au personnage qu’il incarne.
 
Son interprétation semblerait sans doute peu convaincante.
 
Il en va exactement de la même façon pour le dessin. Et même si l’interprète-créateur du dessin n’est pas en avant-plan, sur la scène, se cachant en quelque sorte en arrière de son œuvre , ce n’est pas une raison pour rester distant et froid face à la scène et aux personnages qu’il s’apprête à incarner sur papier.
 
Les artistes visuels, mis à part ceux qui œuvrent en performance, sont en quelque sorte des « comédiens inversés », tournés vers le dedans. La qualité d’interprétation de l’œuvre vient souvent de l’acceptation entière de « vivre » le sujet du dessin, de rentrer dans la scène, de s’immerger complètement dans le vécu qui est représenté…
 
Cela ne se fait pas en étant particulièrement démonstratif, comme dans le cas d’un acteur de théâtre sur les planches d’une scène publique, mais plutôt en se laissant être sensibles et vulnérables, en étant nous-mêmes touchés au plus profond par le sujet, comme si nous étions des spectateurs privilégiés du jeu qui se déroule dans notre propre espace intime.
 
Même si nous hésitons, et d’autant plus si nous sommes craintifs face à la vie, ne pas hésiter à se mouiller, à plonger à la fois dans l’acte du dessin et dans la scène représentée.
 
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Dessin tiré de la série d’études intitulée « Nu marchant dans l’eau »
 
Source d’inspiration : Images offertes par le modèle
Nous avons beau avoir étudié la perspective, l’anatomie, les règles de la composition, et plus et plus, le processus de dessin à main levée continuera toujours à se pratiquer avec une part d’essai-erreur !
 
En d’autres mots, nous n’avons d’autres choix que de d’abord plonger en se lançant sur le papier, et ensuite de « barboter » dans le flou avant que se précise la forme. Et dans le cas de manque de points de repères tangibles, quand notre œil n’a que peu de références connues sur lesquelles s’appuyer, nous serons encore et encore appelés à redessiner jusqu’à ce que le dessin entre dans sa juste résonance.
 
Dessiner un sujet à main levée est une aventure « obligée », celles et ceux qui voudraient une recette infaillible sont mieux d’utiliser une photocopieuse ou de s’en tenir à la peinture par numéro.
 
Dans le cas du dessin ci-dessous, le léger raccourci en contre-plongée déstabilisait suffisamment la lecture des proportions pour que les membres du corps aient à être rajustés à plusieurs reprises. Et même avec toutes les corrections, des « erreurs » subsistent.
 
 
Esquisse d’un saut de danse en contre-plongée
 
Le but, encore une fois, n’est pas d’atteindre une inatteignable « perfection », mais bien d’accepter de vivre pleinement l’aventure du dessin et de se faire l’interprète du vivant.
 
Et pour cela, le fait de coller scrupuleusement aux apparences ne suffit pas, comme en témoigne le fait que si l’on trace consciencieusement une photo, le dessin qui en sortira apparaîtra souvent maladroit et disproportionné.
 
 
Rendu sommaire des ombrages
 
De la même façon qu’à l’étape du dessin des contours, le processus de mise en valeur sera l’occasion d’à nouveau procéder à d’autres réajustements des formes et proportions, le rendu des ombrages faisant ressortir d’autres « erreurs ».
 
 
Mise en valeur avec hachures
 
Il est toujours possible, pour débuter, d’utiliser de simples lignes de constructions pour faciliter le processus. Voir le même mouvement, dessiné étape par étape, au moyen d’une grille de construction.
 
Ce dessin de saut de danse fait suite au dessin d'un « pas de danse » (arabesque) déjà publié, en s’inspirant du même modèle.

Source d'inspiration : Photo attribuée à Andre de Dienes
Qui se reconnaîtra assez nu et vulnérable, comme au premier jour de sa naissance, pour se pencher vers la terre et l’écouter au point d’en entendre battre le cœur ?
 
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Esquisse pour une suite au dessin Larmes pour la terre