Accepter de se mouiller, d’être partie prenante

Imaginez un comédien qui sur scène jouerait son rôle en gardant la tête froide, en évaluant et en analysant toute ses répliques, en gardant sans cesse une distance critique face au personnage qu’il incarne.
 
Son interprétation semblerait sans doute peu convaincante.
 
Il en va exactement de la même façon pour le dessin. Et même si l’interprète-créateur du dessin n’est pas en avant-plan, sur la scène, se cachant en quelque sorte en arrière de son œuvre , ce n’est pas une raison pour rester distant et froid face à la scène et aux personnages qu’il s’apprête à incarner sur papier.
 
Les artistes visuels, mis à part ceux qui œuvrent en performance, sont en quelque sorte des « comédiens inversés », tournés vers le dedans. La qualité d’interprétation de l’œuvre vient souvent de l’acceptation entière de « vivre » le sujet du dessin, de rentrer dans la scène, de s’immerger complètement dans le vécu qui est représenté…
 
Cela ne se fait pas en étant particulièrement démonstratif, comme dans le cas d’un acteur de théâtre sur les planches d’une scène publique, mais plutôt en se laissant être sensibles et vulnérables, en étant nous-mêmes touchés au plus profond par le sujet, comme si nous étions des spectateurs privilégiés du jeu qui se déroule dans notre propre espace intime.
 
Même si nous hésitons, et d’autant plus si nous sommes craintifs face à la vie, ne pas hésiter à se mouiller, à plonger à la fois dans l’acte du dessin et dans la scène représentée.
 
se-mouiller
 
Dessin tiré de la série d’études intitulée « Nu marchant dans l’eau »
 
Source d’inspiration : Images offertes par le modèle

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