Dessin

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Chacun l’aura sans doute remarqué, le visage d’un modèle nu, pour autant que le celui-ci soit à l’écoute de son corps et de sa vulnérabilité, est différent, à la fois plus ouvert, sensible et intériorisé que le visage mondain que nous sommes habitués à revêtir en société.

Même si le visage est d’ordinaire montré à nu, sauf dans les cultures où il est voilé, le visage est la plupart du temps et d’une certaine façon recouvert de masques sociaux, ce qui en quelque sorte conditionne et limite l’accès à son intériorité ainsi qu’à son authenticité.

Faîtes l’expérience en dessinant un nu de vous concentrer avant tout sur le visage de votre modèle, et vous verrez que la nudité du corps transparaît sur le visage, même si le corps n’est pas visible.

Ce qui en fait en quelque sorte un « visage nu ».

Dans le dessin ci-dessous, l’intériorisation du visage a été renforcée par le fait que le modèle ferme les yeux, comme pour mieux se mettre à l’écoute de la dimension intérieure.

Le sujet a été esquissé une première fois en laissant apparaître la poitrine nue, ce qui rend l’état de nudité plus visible.

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Croquis rapide avec rendu des ombres à l’estompe

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Mise en valeur rehaussée de hachures

Dans un deuxième temps, le même sujet a été dessiné une deuxième fois, en détaillant les lignes du visage, ne laissant apparaître du corps que les épaules nues.

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Étude au crayon

Un nouveau dessin dans la catégorie Dessin de tendresse!

Cette catégorie a été créée à la suite de la publication de l’article  Internet en manque de tendresse, lequel révélait qu’un grand nombre de personnes font des recherches d’images sur le web en utilisant le mot clé tendresse.

C’est un fait que s‘il est possible d’accéder à une multitude d’images reflétant la tendance à la convoitise et à la consommation sexuelle, il n’y a que très peu de représentations d’intimité partagée dans la tendresse. Le site dessinerlecorps.org s’était alors engagé à en produire quelques unes, répondant à la demande répétée d’internautes, laquelle pourrait se traduire ainsi :

«  S’il te plaît, dessine-moi un dessin de tendresse ! »

Le dessin esquissé ci-dessous représente un détail d’un couple assis ensemble dans la nature, la femme faisant dos à son compagnon et celui-ci l’entourant tendrement de ses bras.

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Esquisse avec rendu sommaire des ombrages

Les détails de couple enlacés ne sont pas toujours faciles à traiter sur le plan graphique, tout simplement parce que dans certaines poses il devient difficile de décoder quelle est la partie du corps qui appartient à quelle personne.

En fait, lorsque la personne qui regarde l’image perd ses points de repère et qu’elle a de la difficulté à comprendre ce qu’elle voit, elle va souvent avoir une réaction inconsciente de rejet, associant cette image à quelque chose de chaotique ou d’indigeste.

Dans ce cas-ci, la façon dont les membres sont disposés donne un peu l’impression qu’il y a en a de trop, comme si il y avait une main ou une jambe supplémentaire.

La solution graphique utilisée par beaucoup d’artistes au traves des époques pour faciliter l’identification des corps féminin et masculin, a été de démarquer fortement la couleur de peau de l’homme et de la femme. (Voir l’exemple de dessin plus bas).

Pour ce dessin-ci, une méthode légèrement différente a été choisie, celle qui consiste à texturer de façon plus marquée les membres de l’homme, et de manière beaucoup plus fine le corps féminin.

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Détail des hachures

Dans le détail ci-dessus, les hachures sur les bras de l’homme sont à la fois plus marquées et plus distantes les unes des autres, suggérant l’aspect plus rugueux de la peau ou encore la présence de poils sur le corps masculin, comparativement aux hachures plus douces et resserrées de la poitrine de la femme.

C’est la même approche qui a été utilisée ci-dessous, dans un autre dessin précédemment publié, laquelle a permis de démarquer les bras de l’homme par rapport à ceux de la femme.

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Détail des hachures sur les bras

Dans ce dernier cas, le jeu de hachures sur le bras de l’homme représente plus directement la pilosité présente sur la peau de l’homme.

Pour en revenir au premier dessin, une autre façon de limiter l’effet de confusion est de resserrer le cadrage. Nous nous posons moins de question face à un détail que lorsque nous voyons le corps dans son ensemble. C’est un peu comme si nous acceptions le fait que, vu que la réalité qui nous apparaît par la fenêtre d’un plan rapproché est fragmentaire, il ne nous est dès lors pas vraiment possible d’évaluer la crédibilité de l’information présentée.

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Dessin achevé et recadré à la verticale

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Détail du rendu des valeurs

Noir et blanc

Voici maintenant une représentation plus archétypale de la relation entre le corps masculin et le corps féminin. Le modèle masculin est assis à la verticale, légèrement penché vers le modèle féminin étendu à horizontale. L’image est un peu similaire au cliché du danseur qui se penche vers la danseuse, celle-ci s’abandonnant par en arrière dans ses bras.

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Croquis de base

En ébauchant les principales zones d’ombrages, celles qui apparaissent sur le corps de l’homme sont marquées avec plus de force, comme si les tons de peau étaient plus foncés. Sur le corps féminin, les ombres sont à peine esquissées, indiquant une couleur plus pâle. Ce jeu de contraste complémentaire est fréquemment utilisé dans la mode vestimentaire, la référence la plus typique étant sans doute celle du marié en habit noir et de la mariée toute en blanc.

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Indication sommaire des ombrages

Le travail de rendu des nuances de peau est ensuite confirmé au moyen d’un jeu de hachures et de contre-hachures.

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Rendu final de la mise en valeur au graphite

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Détail des hachures

Tâtonnements, hésitations et reprises autour d’un visage endormi.

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Je me suis arrêté devant cette pose tranquille. Peut-être parce que cette image représente en elle-même l’arrêt, non pas l’immobilisation d’un mouvement, mais plutôt la suspension de l’agitation.

En ce qui me concerne, prendre le crayon, c’est déjà accepter de s’arrêter. S’arrêter de courir et retrouver la source intérieure de vie.

Dessiner un visage endormi ramène à cette présence paisible qui émane de l’être lorsque celui-ci cesse de s’agiter. Peut importe l’âge de la personne qui dort, il y a toujours de l’enfance qui affleure du corps en repos.

La personne qui dort a d’une certaine façon déjà retrouvé son foyer de paix intérieur. Ce qui n’est pas nécessairement le cas de la personne qui est en train de la dessiner.

J’ai esquissé une première fois les lignes de ce visage endormi. J’étais touché par la quiétude et l’abandon qui se dégageaient de la pose. Mais, sans doute parce que je n’avais moi-même pas encore actualisé cette quiétude et abandon en moi-même, je ne parvenais pas à « rentrer » dans le dessin. Devenant impatient, j’avais juste envie de l’abandonner.

J’ai senti que j’étais encore trop distant du sujet, qu’il me fallait encore ralentir et me rapprocher pour mieux percevoir la vie infuse qui se dégageait du corps endormi.

Ce qui ressemble à tendre l’oreille dans le silence pour mieux écouter et entendre les frémissements et murmures silencieux de la vie.
J’ai alors cherché un détail sur lequel me concentrer. J’ai choisi l’oreille, laquelle est un peu comme un résumé de l’ensemble du corps, ressemblant à un fœtus replié en sa matrice, la tête en bas.

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Je l’ai dessiné une première fois, mais je n’arrivais toujours pas à rentrer dans le dessin, J’ai recommencé en offrant encore plus d’espace pour accueillir les formes de vie sur l’espace du papier. En travaillant les nuances à l’aide de fines hachures, j’ai commencé à percevoir la vie émanant de l’oreille.

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J’ai continué le dessin en me préoccupant avant tout de connecter avec ce qu’on pourrait appeler la « vibration » de la matière. Difficile à imager, cela ressemble au pétillement des cellules lorsque l’on se sent pleinement vivant, par exemple après avoir nagé dans la mer.

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Ne me souciant plus des proportions, il s’en est ensuivi une légère déformation du visage.

J’ai recommencé une quatrième fois, en cherchant cette fois-ci à intégrer les mains dans le dessin, lesquelles me semblaient aussi importantes que le visage pour traduire l’état de paix intérieure.

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Le crayon a progressivement repris vie et je me suis réconcilié avec la pratique de dessin, l’impatience a commencé à s’estomper. Du coup, j’ai pu revenir au tout premier dessin et commencer à le retravailler dans la quiétude…

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Une autre histoire à suivre!

Comment aborder le portrait nu?

Supposons que vous étiez vous-mêmes nus, en compagnie de votre conjoint ou conjointe, debout tous les deux, exposés au regard de la personne qui tient le crayon, le pinceau ou l’appareil photo… Comment aimeriez-vous être regardé, ou quel genre de regard voudriez-vous que l’on ne pose pas sur vous?

Le seul fait d’être dénudé, d’exposer sa vulnérabilité, demande préférablement une considération spéciale de la part de la personne qui regarde.

Le portrait nu est doublement sensible, d’une part parce que le portrait est personnel, que c’est l’image spécifique et reconnaissable de la personne qui est représenté, et d’autre part en raison de la nudité du sujet.

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Comment aborder le portrait nu? Préférablement avec soin, et encore mieux avec amour.

Dessinez votre modèle nu comme si vous étiez vous-mêmes le sujet du dessin, et que vous cherchiez à offrir à votre modèle la même considération aimante que vous auriez aimé recevoir si vous aviez été à la place du modèle. Et cela totalement indépendamment du résultat de l’œuvre.

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Ce discours peut sembler quelque peu à contre-courant dans un monde gouverné par la performance et les apparences, et dans lequel il n’y a que peu de place pour la tendresse. Les arts ne font pas exception à cette tendance. Ce qui compte avant tout sur la scène artistique contemporaine, c’est le résultat, c’est l’impact public et la capacité d’attirer l’attention par l’originalité de la démarche, même si cela doit passer par une forme de non-considération du modèle et de la vie en général. Puisqu’il nous faut dès lors, en tant qu’artistes contemporain, nous dissocier d’une réalité qui nous paraît souvent peu attrayante, pour imposer une vision qui se démarque de la norme, plus relevée, plus tranchante, et il faut le reconnaître, dans bien des cas plus élitiste aussi.

Beaucoup de portraits nus contemporains, en dessin et en peinture, ne sont pas à l’avantage du modèle. En ce sens que si ces portraits sont frappants, c’est que leur traitement est presque caricatural, le modèle ayant servi de point de départ à une exploration graphique ou à l’expression d’un ressenti qui vient se surajouter à l’apparence du modèle, dénaturant en quelque sorte le sujet lui-même.

Il n’y a rien à redire à propos de cette compétition artistique, de cette course à l’originalité à tout prix, en fonction de la reconnaissance publique. C’est la règle de ce jeu, bien qu’elle a entrainé à certains égards une vision plus froide et cynique de la vie, souvent déshumanisée, qui a eu tendance à marginaliser les arts visuels contemporains, à rendre ceux-ci moins accessibles au grand public.

Pour en revenir à la pratique du dessin, pour le bonheur de sa simple mise en œuvre, sans aucune considération de ce que l’on espère en retirer en termes de résultats, il y a certainement beaucoup plus de paix et de sérénité à dessiner par amour du sujet que par « amour » de la reconnaissance publique!

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Il arrive souvent que la pratique du dessin soit mise de coté par les autres préoccupations de la vie.

En fait, il semble toujours y avoir plus urgent et plus important à faire que dessiner. Et pourtant…

Et pourtant, cette petite pratique est génératrice d’espace intérieur, elle permet une distanciation de ce qui nous agite extérieurement, et nous invite peu à peu dans un refuge de paix – pour autant que qu’elle soit pratiquée pour elle-même, et non pour en retirer quelque chose.

Mais, me direz-vous, quand on n’a pas le temps, quand on a plus le temps…?

Je vous répondrai : ne cherchez surtout pas un espace-temps dans votre tête, il ne semble jamais y en avoir, du moins pas pour le dessin.

Visez plus petit et moins ambitieux!

Négociez avec votre raison, dites-lui : « un petit cinq ou dix minutes, sur le bord d’une table, une simple feuille de papier avec un crayon à mine, quelques traits de crayon pour apprivoiser un détail du corps… »

Soyez persistant dans votre demande, vous finirez par l’obtenir, et ce ne sera pas du temps perdu à courir après votre ombre!

Donc voici un détail du corps en nature, dessiné en guise de reprise de la pratique du dessin après une période très occupée.

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Si vous voulez entreprendre une pratique légère, non seulement choisissez un détail, mais aussi arrangez-vous pour « voir simple », en ne vous attachant pas aux petits détails qui auront tôt fait de rendre le processus de dessin lourd et fastidieux. Une fois les grandes lignes esquissées, situez sommairement les zones ombrées.

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Pour finir, avec quelques rehauts de hachures au crayon, ne précisez que les formes qui vous apparaissent essentielles. Laissez le reste dans le flou, cela donnera au dessin un effet de photo prise avec une très faible profondeur de champs, avec des parties hors foyer.

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Détail des hachures

Réalisation d’un dessin en trois étapes sur le thème de l’expression des corps, à partir du geste spontané d’un couple naturiste.

Le corps parle, et il a son propre langage. Nous l’oublions souvent tant notre attention est focalisée sur les mots, les idées et la communication verbale, focalisation qui fait que, lors d’une rencontre, une grande partie de notre attention est portée sur le visage.

Le corps est porte-parole, il est porteur de message et de sens, autant par ses formes, ses couleurs, son état, son jeu d’ombres et de lumière, son attitude et ses poses que par ses gestes.

Il faut avoir décroché des mots et de la pensée, avoir retrouvé un état de disponibilité intérieure, souvent dans le silence, pour redécouvrir la présence et le langage spontané du corps. La pratique de la photo et du dessin du corps nu favorise ces retrouvailles avec l’expression naturelle du corps. « Retrouvailles » parce qu’en fait l’expression non verbale du corps est notre langage premier, notre parole embryonnaire et primitive, notre premier élan de communication, déjà présent dans le ventre alors que le fœtus est à peine formé.

Le nouveau-né exprime très clairement l’abandon, le besoin de fusion ou le rejet au moyen de son corps, bien avant que la pensée s’articule sous forme de mots.

L’artiste visuel ne peut faire autrement qu’être à l’écoute du langage du corps, celui-ci étant son premier médium, avant même que l’image prenne forme dans la matière des crayons et peintures. Dans l’image ci-dessous, ce sont les corps qui m’ont interpellé.

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Esquisse de base

La femme, la main sur l’épaule de l’homme, tend une branche fleurie vers celui-ci.

Le geste est tout simple, anodin, et pourtant il dit beaucoup.
Toutes sortes d’interprétations sont possibles, et il n’appartient pas à l’artiste de les formuler. Au plus simple, on pourrait dire que dans ce geste le corps féminin, en tant que porteur de vie, apporte le fruit de celle-ci à la conscience de l’homme. Ou que symboliquement le corps de la planète, dans sa générosité et son abondance, offre tendrement sa promesse de vie à l’être humain, pour autant que celui-ci cède ses instincts de domination et retrouve sa sensibilité naturelle. Une centaine d’autres interprétations pourraient sans doute être aisément formulées, l’image les contient toutes à l’état latent, et c’est là sa richesse, celle qui nous fait dire qu’elle vaut mille mots.

Au moment où une image accroche mon attention, dès l’instant où j’en entrevois la richesse cachée, je n’ai aucun besoin de commencer à me poser des questions sur le sens qui s’en dégage. Il me suffit de reconnaître que l’image est parlante, que le corps a quelque chose à dire, et de commencer à travailler pour en révéler toutes les nuances sans les formuler. Si je les formulais, si ma nécessité première était de traduire les sens cachés en mots, l’écrivain prendrait le dessus sur l’artisan de l’image.

Comme cet article a déjà généré beaucoup de mots, il me suffit de résumer le fait que cette image d’un couple naturiste m’a accroché et que j’ai reconnu qu’elle était implicitement porteuse d’un « message » que je voulais à mon tour relayer en la dessinant, et en me faisant l’interprète de la “parole du corps”.

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Indication des ombres au graphite

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Rendu final avec hachures

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Détail des hachures


Source d’inspiration : Contribution d’une photographe naturiste. Merci au couple naturiste qui a accepté de prêter son image pour réaliser ce dessin.

Le modèle vient de sortir de l’eau. Assise sur la rive, baignée de soleil, effleurée par une légère brise, elle ferme les yeux durant quelques secondes, sans doute pour mieux écouter le chant de son corps en résonance avec la nature environnante.

Ce petit instant en lui seul résume toute la session de photo en nature qui vient de se faire. Un espace de disponibilité intérieure s’est ouvert, offrant une nouvelle dimension à la représentation de la scène telle que perçue par le regard extérieur.

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Esquisse à l’estompe

C’est souvent dans la rencontre entre la perception extérieure, et l’espace sensible de l’intériorité, que l’image trouve sa pleine présence.

Comme c’est dans le rencontre entre la scène extérieure éclairée par le soleil, et l’espace vierge de la chambre noire intérieure du boitier photographique, que la photo voit le jour.

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Travail des ombrages avec hachures

En dessin, la reproduction exacte de ce qui est perçu du dehors ne suffit pas.

Cela prend autre chose, une forme d’accueil intérieur de ce qui est vu extérieurement.
Un accueil tendre, sans jugement.

De la même façon qu’une terre féconde accueille la petite semence et lui permet de donner fruit.

L’été est une période extraordinaire pour recueillir des instantanés du corps en nature.

Mais ce n’est parfois qu’à l’automne, ou même au creux de l’hiver, que l’instantané se métamorphosera en instant d’éternité sous le travail patient du crayon.

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Détail des hachures

Comment dessiner les reflets de l’âge sur le corps tout en rendant hommage à toute la plénitude de vie qui l’habite? Une démonstration de dessin réalisée avec un simple crayon à mine et de la poudre de graphite.

L’approche

Pourquoi ne voit-on pas plus souvent d’œuvres représentant le corps marqué par l’âge?
L’homme contemporain va célébrer la beauté d’un vieil arbre centenaire, mais il va cacher le corps vieillissant comme s’il s’agissait d’un motif de honte.

Il est indéniable que l’être humain n’aime pas se faire rappeler qu’il est fragile, vulnérable, et encore moins que son apparente manifestation est éphémère. La vue du corps vieillissant constitue presque un affront pour beaucoup, surtout après avoir tiré une certaine fierté d’un corps en forme et au maximum de ces capacités. Il en va de même avec la vision du corps blessé ou malade.

La personne qui prend le crayon est inévitablement invitée à prendre conscience des conditionnements qui limitent son regard et à les dépasser progressivement au travers de la pratique du dessin (Lire à ce sujet l’article Rajeunir le regard qui a été écrit en même temps que celui-ci).

Une fois le regard libéré de ses réflexes préférentiels, l’artisan dessinateur dessinera le corps travaillé par les années et la vie avec autant de tendresse et d’amour que s’il s’agissait du corps d’un nouveau-né.

De fait, une espèce de conviction prend place au cours des années de pratique de dessin, c’est que ni l’esprit, ni l’âme, ni la matière en elle-même ne vieillissent, seule la forme qu’ils prennent est altérée dans le jeu de l’apparente manifestation. Un peu comme une sculpture de sable dont la forme se déconstruit, sans que « l’esprit » de cette forme (le concept de la sculpture), ni le sable en lui-même, n’en soit altéré.

Sur un plan biologique, les atomes ne se rident pas et les cellules ne cessent de se renouveler. Seule, l’organisation de la forme enregistre la marque du vécu et le passage des ans, comme s’il fallait que l’une des dimensions de la vie, celle qui est la plus apparente, témoignent de l’expérience de l’être.

La pratique

Sur le plan pratique, il est beaucoup plus difficile de trouver des modèles ou des références photographiques pour dessiner le corps nu marqué par l’âge. Et si le visage de la vieillesse a été honoré par un certain nombre de photographes, le corps de la personne âgée continue à faire l’objet d’un double tabou. Au tabou de la nudité, s’ajoute celui du corps vieillissant.

À part quelques rares exceptions de photographes ayant touché le sujet ou de contextes spécifiques tels des archives médicales ou ethnologiques, ou encore des publications naturistes, l’image du corps des personnes âgées reste bien cachée.

Sans bousculer la pudeur naturelle de nombre de personnes âgées qui préfèrent restées voilées, l’artisan dessinateur qui désire rendre hommage au corps témoin du passage des années devra faire preuve d’une certaine détermination et persévérance.

La photographie qui a servi de modèle à la présente étude de dessin a été tirée d’un vieux livre Surface Anatomy (Anatomy for Artists) qui a le mérite de présenter une série de photographies du corps humain dans tous les âges et sous un éclairage faisant ressortir le modelé des formes.

L’étude représente la même personne, vue de profil et de trois-quarts arrière. Les bras sont relevés et cachent le visage pour préserver l’identité du modèle.

Dessiner les grandes lignes du corps d’une personne âgée est très similaire à la réalisation d’une esquisse d’une personne plus jeune. La structure corporelle de la pose ou du mouvement ne change que très peu. C’est au niveau du rendu que le traitement diffère.

Première observation dans le toucher du crayon : celui-ci demande d’emblée à se faire plus léger et discret. Si le tracé des contours est trop ferme et affirmatif, l’image du corps âgé risque rapidement de devenir caricaturale.

Que votre crayon en soit d’autant plus « pudique » et respectueux, à la mesure de la réserve naturelle qu’une personne âgée peut avoir à se dévoiler.

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Une façon de traduire les contours d’un corps qui au fil des ans a été pétri par la vie, est de l’esquisser progressivement en permettant aux traits de respirer, en leur conservant une forme de perméabilité vibrante, non définie, non fermée.

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C’est comme si, pour véritablement traduire la vie et une certaine plénitude ou richesse du corps qui a vécu, le dessinateur de cœur doit d’abord s’incliner, reconnaissant qu’il vient les mains vides et qu’il ne sait rien, tel l’apprenti qui questionne la sagesse de son aîné.

Lorsque l’artiste aborde le sujet avec trop de confiance ou certitude, il va presqu’immanquablement reproduire le cliché de la personne vieillissante, l’idée préconçue que la collectivité s’en fait.

D’autre part, si le corps dévoilé est déjà synonyme d’une certaine mise à nu ou vérité au-delà des masques et apparats, le corps de la personne âgée est doublement révélateur.
Le corps de l’âge ne triche pas. Non pas qu’il révèle avant tout le vieillissement, mais plutôt la nature de l’âme face à son parcours de vie. L’amertume ou la plénitude, le repli sur soi ou la générosité, la suffisance, la sécheresse de cœur et la lourdeur, ou au contraire l’effacement, la sensibilité avenante et la légèreté d’être, tout apparaît en transparence de la chair comme dans une vitrine.

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Quoiqu’il en soit, efforcez-vous de dessiner le corps de l’âge avec tendresse et compassion. Le regard dominant de la société contemporaine est déjà assez cynique et sarcastique merci! Nul besoin de lui fournir de nouvelles cibles faciles en exposant les corps vulnérabilisés par l’usure du temps à la critique et à la moquerie.

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En fait, dessiner un corps travaillé par le cours des ans, c’est comme contempler le reflet d’un paysage à la surface d’une eau frémissante.

Le paysage d’origine ne cesse d’être là, intact, dans toute sa présence, mais sa perception devient mouvante, animée par un souffle venu d’ailleurs.

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Une façon très simple de rendre la richesse de vécu du corps de la personne âgée est de revenir sur chaque partie du corps comme s’il s’agissait d’un tout en soi. Dessinez chacune de ces parties avec la même tendresse que si vous étiez en train de dessiner un nouveau-né, ainsi le corps âgé au complet chantera la vie au travers d’un chœur de voix de bébé!

Nous reviendrons sur ce sujet prochainement.

Étude réalisée pour la série « Corps de vie ».

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Cet article suit les études de contractions publiées la semaine dernière.

Comme précédemment mentionné, le processus « d’accouchement d’une œuvre » est très similaire dans ses étapes, et même ses ressentis, à celui de l’accouchement d’un bébé. La similitude est évidente pour toute personne qui prend le temps d’écouter cette dimension en sa propre intériorité, peu importe le fait qu’elle ait elle-même vécu un accouchement ou non, et qu’elle soit un homme ou une femme.

Une petite histoire personnelle pour illustrer cette analogie entre le processus de création et celui de pro-création biologique :

J’ai vécu, comme beaucoup d’artistes, d’importantes phases de remise en question de ma démarche artistique. Avoir l’impression de ne plus savoir où l’on s’en va, d’être perdu, de ne plus trouver le sens, le feu, la direction. Tout en ressentant une forte nécessité que quelque chose sorte, s’exprime.

Dans mon cas, cette urgence d’expression était d’autant plus forte que je n’avais strictement aucune idée de ce qui voulait se dire.

Cette période a duré plusieurs mois. L’intensité des « contractions » augmentant avec les semaines, j’en finis par développer un mal de ventre permanent.

Certains jours, il me semblait qu’un issue de dessinait, qu’une orientation prenait forme, et puis le lendemain, immanquablement, tout ce qui avait été entrevu me paraissait vain et futile, sans aucun sens. Systématiquement, après quelques croquis et esquisses, je laissais tomber tout ce que j’avais entrepris.

Toujours est-il qu’après des mois de tournage en rond, en désespoir de cause, je me décidai à remettre mon incapacité à m’en sortir par moi-même dans d’autres mains. Cette fois là je m’en remis à ce que nous appelons communément le « hasard ».

J’avais pas loin une pile de vieux livres usagé que je venais d’acheter et que je n’avais pas encore lu. J’en pris un et je décidai qu’en ouvrant le livre au hasard, la première illustration sur laquelle je tomberai déterminera le sujet de dessin sur lequel je me concentrerai durant les prochaines semaines.

C’était un très vieux livre rapiécé qui datait de la fin des années 1800 et qui décrivais, gravures à l’appui, les positions d’accouchement pratiquées par divers peuples autour de la planète. L’ayant ouvert au hasard, je tombai sur une gravure représentant une image d’une indienne sioux en contraction et à la veille d’accoucher. Assise en tailleur, elle exerçait une forte pression avec ses bras croisés sur son ventre, dans le but manifeste d’encourager l’expulsion de l’enfant.

Je dois dire que la vue de cette image a provoqué une sorte de choc intérieur, une sorte de reconnaissance immédiate de l’ensemble de mon corps à l’effet que ce qui était décrit extérieurement c’était exactement ce que je vivais intérieurement!

J’étais effectivement en train de « pousser » à deux bras sur mon ventre pour essayer de « sortir ce que j’avais dans les trippes »!

Aucun concept, aucune idée de tête ne pouvait se substituer à la nécessité d’exprimer ce que j’avais dans le ventre!

Je me reconnaissais pleinement dans cette image d’accouchement, cherchant à « enfanter » ce qui voulait sortir de ma propre grossesse intérieure.

Cette image a effectivement déterminé le sujet de dessin sur lequel je me suis concentré durant une longue période de temps.

Lors d’une séance de pose, j’ai demandé à un modèle de mimer cette position d’accouchement, à la fois intérieure et extérieure, pour la dessiner ultérieurement.

Cela fait maintenant longtemps que cette pose m’accompagne et que j’essaye de temps en temps d’en faire un dessin.

Cette fois-ci, j’ai choisi d’esquisser la pose en plan rapproché, comme si celle-ci était vue de très proche, invitant le témoin à la vivre de l’intérieur plutôt que de la regarder de loin, comme une scène extérieure à sa propre réalité.

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Plusieurs éléments, comme les yeux fermés, la pose de repli, et le « rideau » de la chevelure, concourent à traduire une ambiance d’intériorité, ramenant le témoin à sa propre réalité intérieure :

Quelques notes personnelles, prises lors des premières étapes de dessin :

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Le corps à la verticale, le visage penché à l’horizontale et les cheveux tombant vers le bas forment un « U » inversé, une forme de voûte ou d’abri intérieur.

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La position ouverte des jambes, en tailleur, crée un espace, un nid prêt à accueillir la nouvelle vie.

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L’ensemble du corps plongé dans une légère pénombre, un peu comme s’il se trouvait sous une tente.

Le rideau de la chevelure tombe du visage et filtre la lumière en provenance de l’arrière plan, renforçant l’effet d’abri intérieur.

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Vu que la tête est légèrement vue du dessus, les lignes des arcades sourcilières, du nez, des lèvres et du menton s’arrondissent.

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Le dessin le la chevelure est simplifié pour ne retenir que les lignes principales.

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Dans ce cas-ci, la personne qui a pris la pose n’était pas enceinte (Merci au modèle d’avoir accepté de jouer la scène d’accouchement). Le ventre a été arrondi par la suite.

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Détail du rendu final avec hachures.

Ce dessin a été réalisé dans le cadre de la série thématique « offrandes de vie », et a servi d’illustration pour l’une des mini-affiches de l’espace message pour corps.

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Voir et imprimer l’affiche en pleine grandeur

Les « études » préliminaires à la réalisation d’un dessin, ces esquisses que l’artiste entreprend pour mieux étudier son sujet, constituent une merveilleuse façon d’approfondir le regard porté sur la vie.

Vu qu’il s’agit d’une phase exploratoire, l’artiste à tendance à s’accorder une beaucoup plus grande liberté que lorsqu’il entreprend l’œuvre finale, se concentrant sur la quête de sens plutôt que sur le rendu et les apparences.

Ci-dessous, trois études réalisées sur le thème des contractions, ces phases intenses de l’accouchement dans lesquelles tout le corps se mobilise pour préparer la mise au monde du nouveau-né.

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La contraction de l’accouchement est un sujet qui a des résonnances universelles, que l’on soit homme ou femme, en ce sens que nous vivons toutes et tous des périodes de contractions, certaines plus souffrantes que d’autres, avant d’en arriver à « accoucher » d’une action, d’une œuvre ou d’une nouvelle vie.

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Nous pourrions dire d’une certaine manière que l’artiste vit une période de fécondation, de grossesse et de contraction pour chaque œuvre qu’il tente de mettre au monde. Et dans certains cas, « ça pousse fort et longtemps » avant que le bébé parvienne trouver son chemin.

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C’est dans cette recherche d’interprétation de la dimension universelle de la contraction précédant toute forme d’accouchement intérieur que la présente série d’études a été réalisée. Le modèle n’est pas dans ce cas-ci regardé comme une source d’information sur un sujet extérieur, mais plutôt considéré à titre d’interprète incarnant une réalité qui est vécue avant tout intérieurement.

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Rondeurs et plénitude

Chaque chose qui cherche à se dire et à s’exprimer en nous, à partir du moment où nous en concevons la simple présence, prend un certains temps pour mûrir, pour croître et prendre de l’amplitude avant d’être délivré.

Cela prend une forme d’écoute intérieure pour faire de la place à ce qui veut émerger du dedans. La pose prise par le modèle traduit bien cette écoute intérieure. Le corps n’est pas dans une attitude sociale ou mondaine, il est replié au sol et la tête est baissée, intériorisée, pour mieux entendre.

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À l’écoute

Dans cette pose-ci, le modèle repose sa tête sur le sol et entoure son ventre avec ses mains. Les yeux fermés, il sonde la vie qui cherche à prendre sa place en lui.

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Dans cette troisième pose. Le modèle est encore plus proche du sol, il semble encourager doucement l’enfant à venir au monde, assurant celui-ci qu’il ne sera ni abandonné ni dépourvu, des bras, un cœur tendre et une poitrine abondante étant là pour l’accueillir.

De la même façon, l’artiste est parfois appelé à « encourager » son œuvre à voir le jour, dans le sens qu’il lui faut dépasser es mécanismes de craintes, similaire au trac de l’artiste de la scène, de peurs de la critique et du rejet.

Pour finir, signalons que le modèle, réellement enceinte, a pris spontanément les poses d’écoute intérieure de la vie à naître, sans être dirigé, et que chacune des positions suggérant les contractions d’accouchement traduit tout naturellement le dialogue intérieur, que celui-ci soit conscient ou inconscient, entre l’artiste et l’œuvre à naître.

L’apport du modèle dans ce processus est aussi déterminant que l’apport de l’artiste. On l’oublie souvent et peu d’artistes le reconnaissent, la maternité-paternité de l’œuvre est conjointe, comme dans le cas d’un nouveau-né !

Ces études ont été réalisées pour la série thématique « Offrande de Vie »

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Une dernière petite note pour revenir sur le sujet des « études » thématiques, la réalisation de ces dessins préliminaires peut sembler vaine et inutile au novice, comme s’il devait faire un détour avant d’en arriver à la réalisation de l’œuvre proprement dite. Et pourtant, c’est précisément ce « détour » qui vient donner de la profondeur à l’œuvre finale, et qui fait que celle-ci aura une histoire à raconter, une richesse de vécu à confier.

Un nouveau dessin, toujours pour répondre à la demande de plus de tendresse sur Internet (Voir l’article Internet en manque de tendresse, et les autres articles dans la catégorie Dessin de tendresse).

L’image représente la tendre étreinte d’un couple en nature, à proximité d’un tronc d’arbre.

Le cadrage se résume à un plan rapproché, ne laissant voir qu’une partie des visages et des corps. L’homme est presque invisible, nous ne voyons pas son visage ni ses bras, son corps figurant une simple présence. C’est le sujet féminin qui exprime toute a tendresse du geste. Ses bras entourent en douceur le corps de l’homme, et elle incline affectueusement sa joue contre l’épaule de celui-ci.

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Croquis

Ce qui ressort des grandes lignes du croquis préliminaire, ce sont les courbes, les courbes convergentes des corps qui se rapprochent l’un de l’autre, l’arrondi des mains de la femme qui se moulent au dos de l’homme, et l’arc de cercle de ta tête de l’homme qui disparaît derrière la rondeur du visage féminin.

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Rendu des valeurs

Le rendu sommaire des valeurs à l’estompe traduit la sensualité de l’étreinte, tout en nuances et en tonalités satinées, se fondant les unes aux autres. Aucune lumière dominante ou tranchante. L’éclairage diffus des sous-bois, lesquels filtrent et tamisent la lumière crue du soleil, joue en faveur de la scène.

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Travail des nuances avec hachures

Une attention particulière a été donnée au rendu de la fluidité de la chevelure. Les mèches de cheveux, qui tombent en chute sur le visage, sont traitées à la manière de filets d’eau semi transparents. Ce léger « voile de soie » vient renforcer l’intériorité de ce qui est vécu par le couple, les yeux clos, à l’écoute des corps en accordance.

L’étreinte est tendre et sincère, et d’une certaine manière innocente, sans attentes. La même expression et le même geste pourraient facilement être transposés dans une scène ou une petite fille retrouve les bras de son parent.

Pour la petite histoire et le « making of » de l’image, cette scène de tendresse n’a pas été prise à même l’intimité partagée d’un véritable couple. La scène a été saisie lors d’une séance de pose avec deux modèles en nature. Les deux figurants amateurs s’étaient entrevus quelques fois auparavant et c’était leur première séance de pose en commun. L’ensemble de celle-ci, consacrée à des compositions dans la lumière des sous-bois, s’est déroulée dans le plus grand respect mutuel. Vers la fin de la séance, alors qu’ils venaient de prendre une série de poses debout avec un simple contact des mains, les modèles se sont rapprochés et ont spontanément pris cette pose de tendre « câlin ». Le geste était très léger et chaste, comme c’est généralement le cas pour deux personnes qui se prennent dans les bras pour la première fois.

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rendu final

Il en est ressorti, sur papier, une tendre scène de couple. Bien que là encore, le regard qui sera posé sur cette image, dépendra de la personne qui la verra. Certains y verront peut-être une union charnelle intense alors que d’autres ne verront que ce que cela a été : un premier contact, hésitant et respectueux, entre deux êtres qui s’apprivoisent.

Dessin réalisé pour le nouveau espace en construction « Corps à corps ».

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Encore merci aux modèles volontaires qui prêtent leurs images à la démarche de Dessiner le corps!

Quelques trucs pour traduire le jeu de lumière sur le corps avec un simple crayon à mine.

Pour commencer, ne pas oublier que plus les formes sont simples, plus celles-ci laisseront de la place au jeu de lumière. Un dessin détaillé, avec une grande richesse de lignes, « emprisonnera » les nuances de tons et de couleurs. Celles-ci n’auront en quelque sorte pas l’espace nécessaire pour s’exprimer.

Idéalement, avant de commencer un dessin, nous pourrions nous poser la question suivante : « Qui va être la vedette cette fois-ci? Qui, des couleurs, de la lumière, des textures, formes ou jeux de lignes, sera en avant-plan, qui décrochera le premier rôle? »

Sachant qu’une fois que l’un sera mis en avant, les autres devront se faire plus discrets et jouer un rôle de soutien, comme les voix d’un chœur accompagnent en arrière plan la prestation d’un soliste.

Dans ce cas-ci, le premier rôle est donné au rendu des clairs-obscurs. Les formes du dessin se feront en conséquence sobres et discrètes. L’ensemble de la scène ne comprend que trois éléments dépouillés : le corps nu, un mur nu, et une petite ouverture dans le mur au travers de laquelle filtre une lumière nue (le coin de fenêtre)

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À la base, le dessin du corps est très simplifié. Les formes sont schématiques et massives, à la manière des sculptures primitives.

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La composition est également très réduite : un simple plan taille frontal dans lequel le sujet s’incline latéralement vers la source de lumière. Le sujet est légèrement décentré vers la droite. Tout son corps s’incline vers la gauche, vers le rebord de la fenêtre sur lequel il s’appuie.

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Les lignes de construction font ressortir l’inclinaison du corps.

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Le personnage est plongé dans la pénombre de la chambre. La lumière filtrant par la fenêtre tombe en oblique à la gauche du sujet, éclairant au passage une mèche de cheveu, sa joue, le sein et l’avant bras. Au plus simple, en utilisant un style genre BD avec de simples aplats de tonalités, cela donne une série de taches de lumières s’inscrivant sur le même axe.

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Un rendu sommaire des clairs-obscurs est réalisé en distribuant la poudre graphique au moyen de l’estompe. Après quoi les nuances et dégradés peuvent être travaillés au moyen des hachures. Pour mieux visualiser l’effet global du jeu de lumière, enlevez vos lunettes (si vous en portez), plissez vos paupières de façon à ce que l’image vous apparaisse plus sombre et floue, identifiez les tonalités qui demandent à être assombries ou palies, puis continuez à les retravailler.

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Effet de flou obtenu en plissant les yeux

Ce dessin, « Nu à la fenêtre », a servi de base pour des illustrations réalisées pour une série en préparation appelée « Corps de Vie ». Ci-dessous, un aperçu de la mise en valeur finale des illustrations avec la recherche de sens qui s’en dégage.

Signification ou sens intérieur de l’image

Chaque image a un sens, il s’agit juste de prendre le temps d’aller à la rencontre de ce sens…

En art pictural, les rendus en clair-obscur cherchent souvent à traduire un état, une émotion intérieure, et dans certains cas révèlent la présence d’un « drame » profond.

L’essentiel de « l’histoire » de l’image « Nu à la fenêtre » se résume à un dialogue entre l’obscurité et la lumière.

Nous n’avons pas besoin de savoir ce que le personnage vit précisément. Quelques indices suffisent pour deviner l’état qui est vécu intérieurement.

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Dans cette image, Le personnage émerge de la pénombre d’une chambre, à peine éclairée par une unique fenêtre. On devine que, si ce n’était de cette petite ouverture percée à même le mur, le personnage serait plongé dans l’obscurité complète. Il disparaîtrait entièrement dans le manteau de l’absence de lumière.

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Intérieurement, l’absence de lumière représente la non visibilité, le retrait et le cas échéant l’isolement.

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Dans le dessin, ce retrait dans l’ombre est renforcé par le fait que le personnage a les yeux fermés. Nous pourrions affirmer qu’en dedans de lui, il est encore dans la noirceur. Peut-être se sent-il mélancolique, ou même dépressif, ne se percevant pas loin d’un certain vide, du néant, ou du moins ne « voyant » aucune issue lumineuse à ce qui lui paraît un sombre cachot existentiel.

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L’ensemble du corps est incliné, comme s’il allait vaciller et sombrer au plus bas. La tête elle-même semble fléchir, ne trouvant plus la volonté d’aller de l’avant. Et pourtant, en réalité, la main a déjà trouvé l’appui de la fenêtre haute et s’y accroche fermement.

Même si le sujet n’a pas ouvert les yeux, même s’il n’a pas encore ouvert ses propres fenêtres intérieures qui lui permettront de sortir de son isolement intérieur, la lumière n’est pas loin, elle filtre déjà sur son corps. En fait, son cœur baigne d’ores et déjà dans la clarté du jour, comme en témoigne la lumière inondant son sein gauche.

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Source d’inspiration : Autoportrait photographique fourni par le modèle.

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Un autre dessin dans la catégorie « Corps en nature ».

Description : Une femme penche sa tête sur une pierre qu’elle tient dans ses mains.

Une image différente, dans le sens qu’elle dégage une certaine intensité dramatique. Le geste et l’expression pourraient avoir été pris dans une pièce de théâtre ou un film.

Le visage exprime un questionnement, une forme d’angoisse existentielle. Les sourcils sont froncés, les lèvres traduisent l’intensité de l’émotion.

La personne représentée soulève une pierre dans ses mains, sur laquelle elle penche sa tête, comme pour mieux sonder la masse minérale en quête d’une réponse.

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Les volumes du croquis sont assez massifs, un peu comme si celui-ci avait été taillé dans la pierre.

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Le traitement du clair-obscur, sommairement esquissé à l’estompe, ajoute à l’intensité dramatique. Le sujet semble captif, lui aussi, de la même densité minérale que la pierre compacte.

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Le travail de rendu aux hachures permet de nuancer la mise en valeur.

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Détail du rendu final

Dans cette image, le modèle se laisse glisser sur le versant d’une dune. Il se retrouve la tête en bas, avec tout le corps étendu dans le sable.

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Composition

La composition de ce dessin est relativement inusitée. Le corps, légèrement replié en deux, trace un angle ouvert à hauteur du bassin et s’insère dans une forme triangulaire.

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Rendu sommaire des ombrages

La lumière tombe en oblique, en provenance de la gauche et du haut, éclairant le dos et projetant les ombrages dans la partie antérieure du corps et sur le fond sablonneux, à l’intérieur du triangle de la composition. Ce qui amène un effet de bas-relief, comme si le sujet avait été sculpté dans la pierre ou modelé dans la glaise, à même le sol.

Le modèle étant couché à flanc de dune, il n’y a presque pas de perspective ou de raccourci, comme s’il avait été photographié à vol d’oiseau.

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Affinage du modelé au moyen de fines hachures

Les surfaces de graphite déposées à l’estompe sont retravaillées au moyen de fines hachures, afin de nuancer les dégradés de tons et préciser le modelé des formes.

Les rondeurs et la générosité des formes du modèle ont permis de créer un modelé plus sculptural, en harmonie avec la présence minérale du sol.

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Détail des hachures

Chaque création de dessin suit un parcours intérieur, un chemin intime avant de voir le jour. Les notes de parcours intérieur cherchent à témoigner de ce petit sentier caché sur lequel chaque créateur, aussi expérimenté soit-il, avance à tâtons…

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Un dessin n'arrive jamais d'un coup,
telle une crêpe tombant sur votre assiette..
Il émerge timidement de l'eau blanche du papier.
Au début, il est encore pâle, flou, presque transparent.

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Puis le dessin prend corps, il prend matière…
comme le cri d'un nouveau né
L'esquisse balbutiante est accueillie dans le silence.
…lui donner tout l'espace,
…toute la liberté…
pour que le dessin puisse lui-même grandir, lui-même se dire…

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À peine sortie des eaux, elle est déjà rivière…
Source ruisselante engendrée par la vague…
s'élance sur le flanc des rochers…
la matière la plus dure et cristallisée devient fluide et s'écoule doucement.

Comment ouvrir les yeux et voir? La plupart du temps, nous percevons confusément les choses comme si elles étaient derrière un voile. Parfois, c'est de deviner les rapports invisibles, "cachés dans l'image", sous forme par exemple de concordances.

D'autres fois, c'est en se laissant inspirer par les formes, de façon à entendre ce qu'elles nous chuchotent entre les lignes. Dans le cas de cette image, c'est la présence de l'eau qui s'est exprimée au travers des mots.

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Chaque dessin a son histoire, ou sa "destinée"…

Chaque image a ses providences et ses conversations intimes.
Regardez et vous verrez!
Ouvrez les yeux et vous entendrez!
Chaque geste a son sens, sa direction et sa destination.

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Dessin réalisé pour le nouveau site en construction « Terre Nue ».

Voir aussi les notes d'ateliers sur le site de l'atelier en ligne pour la dimension plus technique de la réalisation du dessin au http://www.dessintraitdunion.net/atelier-en-ligne

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Un grand merci aux modèles volontaires, vos images personnelles sont une précieuse source d'inspiration pour la réalisation de cette série sur le corps en nature!

Exemple de rendu des valeurs au moyen de hachures s'enlignant sur la direction des formes et contours.

Lorsque les formes sont assez simples, il est possible de renforcer le mouvement naturel des formes en dessinant des hachures dont le sens suit ce mouvement. Il s'agit généralement d'un jeu de hachures dans un seul sens, sans contre-hachures, les nuances étant obtenues en renforçant l'intensité du trait.

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Hachures obliques

Pour adoucir la zone de transition entre les ombrages et les lumières, tracer des obliques tout en suivant l'orientation globale de la forme.

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Hachures en segments

Pour suivre une forme courbée, il est plus facile de suivre l'orientation de la forme en traçant une série des segments de hachures que des grandes hachures en arc de cercle. Dans le cas par exemple des hachures qui suivent la courbe de la fesse et de la cuisse, trois séries de hachures ont été dessinées, en réorientant progressivement le sens des hachures.

 

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Autres exemples de "hachures de lumière",
des hachures réalisées au crayon à éffacer sur un fond au graphite.

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Comparaison sur l'ensemble du dessin, ci-dessous, entre les zones mises en valeur à l'estompe et celles avec un rehaut de hachures directionnelles.

 

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Dessin réalisé pour le nouveau site en construction « Terre Nue ».

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Plan rapproché d'un homme et d'une femme qui se serrent tendrement dans les bras.

Graphiquement parlant, en termes de composition, cette étude pourrait s'intituler : tendre rencontre entre deux obliques, ou câlin entre deux obliques affectueusement penchées l'une vers l'autre.

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Axes d'inclinaison des corps

L'homme et la femme, dans un élan commun, se penchent l'un vers l'autre, à l'oblique, pour s'embrasser.

En fait, tel qu'on peut le constater dans l'illustration ci-dessous, la composition qui en résulte est entièrement construite sur des obliques.

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Schéma de lignes de construction à l'oblique

Le croquis, à peine esquissé, laisse déjà transparaître une certaine complicité enfantine dans la façon de se prendre dans les bras, comme si les deux personnages retrouvaient un peu de leur petite enfance dans le câlin qui est tendrement partagé.

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Croquis sommaire

Cette complicité entre petits enfants est particulièrement rendue par le fait que les deux, l'homme et la femme, s'approchent à la même hauteur pour s'embrasser.

Le stéréotype le plus commun, de l'homme plus grand et plus fort qui agit en protecteur, et de la femme plus douce et vulnérable qui trouve un refuge dans les bras de l'homme, est brisé dans cette image au profit de la complicité enfantine ainsi retrouvée. Le garçon se fait presque plus petit pour mieux appuyer sa joue sur l'épaule de la fille, alors que la tête de celle-ci enjambe légèrement l'épaule masculine,

Les visages sont penchés et abandonnés pour mieux reprendre contact avec le corps, comme le font naturellement les tous petits enfants. Ils ne cherchent pas à maintenir le contact visuel avec le visage de l'autre, à la recherche d'un accord ou d'une preuve d'affection. Les identifications typiques aux rôles féminin-masculin sont en quelque sorte balancées par-dessus bord.

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Nouvelle esquisse avec cadrage plus serré

Le croquis préliminaire a été repris dans une nouvelle esquisse avec un cadrage plus serré autour des deux visages, de façon à mettre plus d'accent sur leur expression.

Une photo a été prise de la même pose, de façon à permettre un travail de dessin approfondi sur une plus longue période de temps.

Sur ce plan rapproché, au moment de prendre la photo, le modèle féminin a ouvert la bouche pour dire quelques paroles, ce qui à crée une atmosphère de confidence, renforcée par le fait que le modèle masculin, le regard intériorisé, semblait tendre l'oreille et écouter ce qui était dit.

Le cadrage plus serré a permis dans ce cas de mettre moins d'emphase sur la perception de la nudité des corps et d'avantage sur la complicité exprimée par les visages.

La nudité en soi n'est pas un obstacle à la complicité ou à la communion, au contraire! C'est une fois arrivée dans l'œil d'une grande partie des spectateurs qu'elle aura un effet dispersant ou qu'elle s'opposera à une innocente tendresse mutuelle, tout simplement parce que ces mêmes spectateurs ne peuvent dissocier la vision de la nudité de la consommation sexuelle (Un article est actuellement en préparation à ce sujet).

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Composition en « X »

Les axes de composition de la nouvelle esquisse sont encore simplifiés, ceux-ci se résumant à deux obliques principales se croisant en « X ». Mêmes les lignes du visage, à l'horizontale (ligne des yeux et de la bouche) comme à la verticale, s'inscrivent dans les mêmes axes.

Indication pour le rendu de l'éclairage

La source lumineuse est située à la droite des sujets, légèrement en contre-jour. La lumière est « blanche », c'est à die qu'elle est diffuse et ne porte pas d'ombres tranchées. A la gauche, les reflets lumineux portés par la lumière éclairant le bras de la jeune fille permet de découper la joue et l'épaule du garçon sur les parties ombrées. Les dégradés de tonalité, s'étendant des zones plus éclairées et lumineuses aux valeurs plus ombrées et foncées sont particulièrement visibles sur le dos et la joue du garçon.

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Adoucissement des ombres et contours à l'estompe

Pour ce dessin, la technique requérant à des phases successives de construction et remise au flou a été utilisée. Cette approche technique présente des avantages indéniables lorsque l'artiste cherche à dégager une dimension qui n'est pas nécessairement visible dans la scène ou l'image qui sert de modèle, et qu'il lui faut prolonger la phase d'essai et d'exploration pour intégrer diverses modifications au rendu initial. Après une première définition des ombres et contours, le dessin est adouci ou presque effacé en passant une estompe (dans ce cas-ci un simple mouchoir de papier) ou même la gomme à effacer sur l'ensemble de sa surface.

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Nouvelle définition des ombres et contours

Prochaine étape à suivre…

Dessin d'un modèle nu en train de grimper le long d'un escarpement rocheux.

La scène est vue de haut, en plongée, découvrant le haut du corps et le dos du sujet.

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Croquis avec lignes de perspective

Noter l'important effet de perspective et raccourci appliqué au corps. Les proportions de la main et de la tête sont proportionnellement plus importantes que celles du bas du corps. On peut aisément deviner les lignes de fuites en les traçant de chaque côté du dos.

Il faut dire qu'en plus de l'angle de vue en plongée, le large angulaire utilisé pour prendre la photo de référence a contribué à renforcer l'effet de perspective.

Cet effet se traduit visuellement par des épaules qui nous apparaissent plus larges et un bassin comparativement plus étroit, ce qui contribue à « masculiniser » le modèle.

Les prises de vues en plongée ou en contre-plongée des scènes d'escalade rocheuse renforcent généralement, et même parfois de façon dramatique (par exemple dans les scènes cinématographiques), la perception de la hauteur de l'escarpement. Ces angles de vue compensent également la perte d'espace de vision à la verticale entrainée par l'utilisation de plus en plus exclusive de formats étirés à l'horizontale (dans les écrans d'ordinateurs et au cinéma).

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Grandes lignes de la composition

La composition de l'image est avant tout construite sur un jeu de lignes obliques, ce qui renforce l'effet d'inclinaison des parois rocheuses ainsi que la notion d'escalade. La scène aurait été beaucoup plus statique si elle avait été construite sur des horizontales et des verticales. Il est possible de constater la différence en inclinant l'axe du sujet à l'horizontale.

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Rotation du croquis à l'horizontale.

Pour ajouter plus de profondeur à l'effet de perspective, une zone d'ombre a été ajoutée à la gauche en arrière plan, un peu comme si le sujet sortait d'un trou.

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Esquisse sommaire des valeurs

Les jeux de lumières et ombrages sont dans ce cas-ci avant tout utilisés pour rehausser les reliefs rocheux ainsi que les volumes du corps.

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Travail sur le modelé des contours du corps

Le modelé fait ressortir l'effort musculaire engendré par l'action de grimper, et également la sensibilité du corps, en contraste avec l'aspect plus tranchant des aspérités rocheuses.

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Confirmation des valeurs

Les valeurs sont patiemment construites de façon à dégager les volumes. Dans l'exemple ci-dessus les ombrages en dessous du bras et de la main contribue à faire ressortir l'effet de relief entre le corps en avant plan et les massifs rocheux en arrière-plan.

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Rendu des tonalités au moyen d'un jeu de hachures

Pour terminer, l'ensemble des tonalités de la chair et de la pierre sont rendues au moyen d'un jeu de fines hachures, toujours au moyen d'un seul et même cayon HB. Les tons plus foncés sont graduellement densifiés en appuyant d'avantage sur le crayon et en multipliant les hachures et contre-hachures.

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Détail des hachures

As-t-on déjà vu un être vivant marcher à quatre pattes sur le sol avec l'avant de son corps tourné vers le ciel?

L'être humain, doué d'une prodigieuse capacité d'expression corporelle, est en mesure de le faire.

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L'ensemble des animaux évoluant sur la planète, dans les airs ou dans les eaux, se déplacent en présentant leur dos au ciel et leur face antérieure, la plus vulnérable, vers la terre. Seules les plantes tournent la surface le plus tendre et sensible de leurs feuilles et pétales vers le haut, vers le soleil.

Ce geste, faire le pont, pourrait aussi être appelé faire la feuille ou le pétale de rose, ou encore faire l'arc en ciel ou même faire la planète. Celle-ci semblant s'arrondir pour mieux épouser l'arc de cercle de la voûte céleste.

Tout être vivant a la possibilité de se replier sur lui-même, ou de se dérouler et de s'ouvrir au monde environnant.

Quand il se replie, comme un hérisson faisant la boule, il se protège, se referme sur lui-même et fait dos à la vie qui l'entoure. Un enfant qui boude, contrarié et blessé dans son amour propre, se met dans un coin, se recroqueville sur lui-même et fais dos à ses proches.

À l'inverse, quand l'être vivant sort de son cocon de protection, qu'il se désenroule, se dépliant et s'arrondissant jusqu'au maximum de son amplitude, il fait un geste de confiance envers tout ce qui l'entoure.

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Pour plus de détails sur le dessin de cette pose, voir le tutoriel du mouvement complet, étape par étape, intitulé Étude de mouvement – Pose de la « roue » ou de « l'arc inversé » en Yoga

L'avantage des dessins entièrement réalisés au graphite, aussi appelé à la mine de plomb ou au simple crayon, vient du fait qu'ils peuvent être entièrement modifiés à volonté.

Contrairement à certains médiums permanents, comme par exemple l'encre de chine ou les crayons feutre, le graphite peut être aisément effacé ou gommé tout en restant très stable comparativement à d'autres médiums effaçables tels le fusain.

Si à un stade préliminaire du dessin, la grande majorité des personnes qui dessinent n'hésitent pas à utiliser abondamment la gomme à effacer, ce nombre réduit considérablement à un stade avancé du dessin.

Sans doute par peur de défaire et d'abimer tout le travail qui a déjà été accompli, et certainement aussi à cause de l'impression que la modification à cette étape avancée sera trop visible, qu'il n'y aura plus moyen d'effacer et de corriger le dessin sans que cette correction n'altère l'unité de l'œuvre.

Avec un peu de précaution, le médium du graphite se révèle pourtant extrêmement souple et perméable à la modification.

Prenons par exemple le dessin déjà bien avancé, et commencé dans l'article précédant Jeune mère se penchant pour prendre son bébé.

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Détail du rendu des valeurs

À ce stade du dessin, le rendu des valeurs a été construit à l'estompe ainsi qu'au moyen de plusieurs couches de hachures, et les contours ont été confirmés en marquant le papier avec plus de pression sur la mine.

En d'autres mots, le papier est déjà relativement saturé de pigments. Si le dessin avait été réalisé aux crayons de couleurs, il aurait été passablement difficile de le modifier sans laisser de traces visibles.

Nous allons quand même sans crainte, malgré le fait que le dessin est presqu'achevé, procéder à quelques modifications et affiner certaines proportions, comme la largeur des bras de la mère.

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1 – tracé des nouveaux contours.

D'un trait ferme et précis, avec un crayon bien aiguisé, délimiter le nouveau tracé des formes.

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2 – Effacement des anciens contours

Utiliser un crayon-efface ou petit bâton de gomme à effacer pour gommer les anciennes lignes contours et espaces de rendu des valeurs.

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3 – Adoucissement des zones effacées au moyen de l'estompe

Passer doucement l'estompe dans les zones effacées et adoucir la démarcation entre les surfaces hachurées et les espaces gommés.

Voir l'article sur le rendu au graphite pour plus de détails sur l'utilisation des divers outils de dessin.

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4 – Ajustement des tonalités et du rendu des valeurs

Reconstruire au moyen d'un « crayon léger », c'est-à-dire sans pression, les tons, les valeurs ainsi que les jeux de hachures. Une fois terminée, la modification est presqu'invisible.

Voici quelques autres exemples de modifications qui ont été faites sur le même dessin. En rappel du fait qu'un dessin peut passer à travers toute une série d'étapes avant de trouver sa forme finale.

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Modification du visage

Les mèches de cheveux de la mère ont été ajourées en les séparant, de façon à alléger leur masse et à permettre de deviner la forme du corps en arrière-plan.

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Détail du visage

Le visage a été modifié à plusieurs reprises, à la recherche d'une attention intériorisée, traduisant la disponibilité de la jeune maman, toute à son enfant en cet instant. Dans le processus, le sourire initial exprimant extérieurement le geste de bienveillance a été légèrement adouci.

Notons au passage qu'autant l'expression des émotions est souhaitée (et dans bien des cas poussée à outrance) dans l'illustration, en bande dessinée et en animation, autant cette même expression figée sur une œuvre picturale peut devenir irritante à la longue et surtout ne pas laisser celle ou celui qui contemple l'œuvre libre de faire vivre intérieurement le visage regardé.

Pour plus de détails sur cette dimension, lire l'article : Entre l'image à « jeter après usage » et l'œuvre picturale qui traverse les siècles.

Le mouvement du bras situé en arrière plan, tronqué à cause de la perspective, a été corrigé pour qu'il soit plus visible et plus facile à décoder.

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Détails des modifications au dessin du bébé

Pour terminer, le corps et le visage du bébé ont été affinés, son bras droit légèrement raccourci et l'orientation de la main gauche modifiée.

Sujet : Une jeune mère, sur le bord d'un lac, se penche par en avant pour prendre son bébé qui fait ses premiers pas.

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Croquis des grandes lignes

À première vue, ce qui ressort de l'ensemble de la scène, c'est le mouvement du corps de la mère en direction du bébé. L'ensemble de son dos s'arrondit, et ses genoux se plient, dans un geste de rapprochement vers son enfant.

Dans un geste tendre et attentionné, la jeune maman pose sa main sur l'avant du corps du bébé et une autre en arrière pour le maintenir lorsqu'elle le soulève.

Son visage est entièrement concentré sur l'action en cours. En résonnance avec celui de sa mère, le visage du bébé est également entièrement concentré sur sa propre action d'exploration.

Le corps et les membres de l'enfant traduisent une légère déstabilisation due à la perte de contact avec le sol, les bras maternels ayant commencé à le soulever.

Observations :

Les visages de l'enfant et de la mère présentent tous deux un angle de vue en raccourci, étant tournés vers le sol. Le haut de la tête prend plus de place que la surface du visage, lequel est moins visible que s'il nous faisait face.

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Notes et observations

Le haut du corps de la mère, vu de trois quart, est également en raccourci, ce qui fait qu'on ne le perçoit pas à sa pleine grandeur.

La tension musculaire, visible dans le gonflement des muscles du bras, traduit le fait que la mère a commencé à soulever l'enfant, alors que l'ensemble de l'attitude de l'enfant nous dit que celui-ci aurait préféré continuer son aventure exploratoire.

L'arrondi du ventre de la mère rappelle que le bébé vient, il n'y a pas si longtemps, d'en sortir. Tandis qu'on devine, au gonflement des seins, que mère et enfant vivent encore cette relation privilégiée qu'est l'allaitement.

Ces petits détails, même s'ils ne sont pas toujours décodés consciemment par la personne qui contemple le dessin, font que ce dernier est porteur d'une richesse de vie.

Interprétation :

En plus de l'histoire sous-jacente portée par le sujet, la personne qui tient le crayon va inévitablement, que le processus soit conscient ou non, raconter sa propre histoire ou vision dans sa façon d'interpréter la scène. Cette histoire peut être relativement personnelle ou trouver ses racines dans un vécu collectif ou même au travers d'une dimension universelle.

La relation mère- enfant est manifestement un thème à résonnance universelle, toute la nature ne cessant d'engendrer, de nourrir et de protéger les embryons de vie dont elle est porteuse.

La façon de traiter l'image soulignera cette dimension universelle ou au contraire renforcera l'aspect personnel de la scène vécue. Dans le premier cas le sujet sera d'avantage « La mère et l'enfant », alors que dans la deuxième interprétation il sera plus question d'une mère, unique au monde, reconnaissable entre toutes à ses traits spécifiques qui la distinguent de toutes les autres, et de son propre enfant, tout aussi unique.

Dans le présent dessin, le choix a consciemment été fait d'adoucir certaines caractéristiques ou détails trop personnels, afin que le geste de relation mère-enfant prédomine sur l'aspect de représentation de la personnalité des modèles. La dépersonnalisation n'est toutefois pas excessive et la scène demeure tout à fait crédible et réaliste.

Certaines « déformations » d'interprétation n'ont pas été corrigées. Par exemple, la présence des bras, plus massive sur le dessin que chez le modèle, a été conservée parce qu'elle met en valeur cette relation « toute bras » entre la mère et l'enfant.

Quand on compare les proportions d'origine des modèles avec celles qui ont été transposées sur le dessin, on peut aisément se rendre compte que les corps dessinés sont plus larges et massifs que ceux des sujets. Les proportions dans les hauteurs sont très similaires alors que l'ensemble est élargi à l'horizontale.

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Comparaison des proportions
entre le modèle et le dessin

Il est fréquent que la personne qui dessine essaye, consciemment ou inconsciemment, de compenser les raccourcis en ramenant les proportions plus proches de leur valeur réelle.

Dans ce cas ci, la proportion du haut du corps de la même qui était raccourcie par l'angle de vue a été « rallongée » sur le dessin. L'espace crée par cet élargissement permettant de mettre plus d'emphase sur les jeux de lumière et le rendu des valeurs.

Les détails de la nature environnante ont été volontairement gommés ou mis hors foyer pour traduire le fait que dans cet instant privilégié de geste envers le nouveau-né, le contexte et le décor s'efface, laissant toute la place à la relation de proximité.

Mise en valeur :

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Indication sommaire des valeurs à l'estompe

Un premier rendu sommaire des valeurs a été réalisé à l'estompe pour situer les variations de tonalité, lesquelles sont particulièrement nuancées sur le corps de la mère. Certains ombrages d'arrière-plan ont été accentués pour faire ressortir les reliefs corporels (exemple pour le dos), alors que d'autres ont été éclaircis pour dégager des zones d'ombres (exemple vis-à-vis du dessous de la cuisse.

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Confirmation des formes et correction des proportions

Le modelé des formes a ensuite été confirmé au crayon et certaines proportions corrigées. La tête, dans l'étape ci-dessus, a été légèrement grossie.

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Travail des ombrages à l'estompe

Une fois que les contours ont été précisés, une deuxième étape de rendu des valeurs est réalisée en travaillant plus spécifiquement sur les ombrages.

La scène ayant été saisie à contre-jour, les rayons de soleil découpent les formes dans le haut du corps, tandis que le reste du corps apparaît dans une légère pénombre renforçant l'intimité partagée entre la mère et le bébé, comme s'ils vivaient « à l'ombre » du regard extérieur.

Ce qui est intéressant dans la présente image, c'est que la zone de pénombre n'est pas « aplatie » par une tonalité régulière. De nombreuses nuances subsistent, faisant ressortir le modelé des formes, grâce à une deuxième source lumineuse, celle du reflet du soleil dans le lac qui s'étend aux pieds des sujets.

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Détail de la première série de hachures

Ensuite un lent travail de construction des nuances et dégradés est effectué au moyen d'une première couche de fines et légères hachures.

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Rehaut des blancs au crayon-efface ou avec une gomme taillée en pointe

Le papier commençant à être teinté de poudre de graphite après toutes ces opérations successives, les espaces lumineux sont reconstruits en les nettoyant à l'aide de « hachures de lumière »

Après quoi l'application successive de couches de hachures au crayon, de plus en plus foncées, reprend.

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Indications des zones de lumières et rendu des valeurs

Processus à suivre dans l'article Corriger ou modifier un dessin au graphite

Démonstration de dessin d'un nu féminin, vu en raccourci de trois quart arrière, avec une légère rotation et flexion du dos. Présentation du processus de dessin étape par étape, en partant du regard jusqu'au vécu corporel.

Ouvrir les yeux

Pour commencer et bien comprendre la pose du modèle, prenons le temps de regarder et de voir ce qui se présente à nos yeux (Consulter l'article Apprendre à voir pour plus de détails)

Le sujet est allongé sur le sol, il se retourne et fait face à la paroi rocheuse. La tête est penchée en arrière, tournée vers le haut.

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Esquisse rapide avec indication sommaire des valeurs

L'ensemble du corps se présente en raccourci arrière. Le bassin se retrouve en avant plan, vu de côté, cachant légèrement la base du dos qui se prolonge en trois quart arrière après une légère rotation axiale. L'arrondi de la hanche est particulièrement visible, démarquant clairement le bassin du reste du dos.

Le sujet prend appui sur ses bras pour se redresser à la verticale, comme s'il essayait de faire un effort pour voir un peu plus haut. Du fait de cette flexion arrière du dos, la poitrine est dégagée et seul le bassin touche le sol, ce que les ombrages en dessous du sein font ressortir.

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Ajustement des proportions et confirmation des formes

Ne pas s'attendre à ce que les proportions soient parfaites du premier coup. Chaque dessin est une aventure, une histoire parsemée d'embûches et de rebondissements, et c'est peut-être justement l'humble louvoiement de ce parcours erratique qui donne une telle richesse de présence à certaines œuvres.

Dans cette première esquisse, l'épaule visible était manifestement trop large, et la tête était trop petite. Une première correction de proportions est faite et le modelé des formes du haut du corps commence à être précisé.

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Tracé de la chevelure

Une attention spéciale est portée aux lignes de la chevelure. Le sujet nous faisant dos, ces quelques lignes vont subtilement nous révéler une partie de l'attitude du visage.

Sans le voir de face, nous devinons en effet que le sujet tourne son visage vers le haut. Les mèches de cheveux qui tombent sur la poitrine sont tirées en arrière tandis que celles qui prennent naissance au sommet de la tête chutent à la verticale, indiquant que le cou et le visage sont en flexion arrière.

Le processus artistique peut difficilement se suffire d'un exercice rationnel d'analyse de ce qui est vu, aussi développé et maitrisé cet exercice de regard puisse-t-il être. L'art est peut-être précisément « art » en ce sens qu'il transcende l'apparente dualité en reliant deux dimensions, une plus extérieure et visible, l'autre plus profonde et mystérieuse.

Maintenant que l'on a pris le temps de bien regarder avec nos yeux, au-delà des impressions fugitives et confuses du mental, prenons le temps d'intérioriser la pose et de la vivre avec notre corps.

Voir avec le corps

Comment intérioriser la pose et passer de la tête au corps? Différentes approches peuvent faciliter le processus. Déjà fermer les yeux, descendre dans notre propre corps et s'imaginer dans le vécu de la pose peut nous aider.

Si nous n'y parvenons pas et que l'activité mentale est prédominante, une des meilleures façons est de quitter la table de travail, de fermer les yeux et de s'allonger soi-même sur le sol pour prendre la pose, pour ensuite écouter ce qu'elle nous révèle.

Laisser parler la pose et le corps au « Je », plus aucune séparation n'existant entre le corps du « regardant » et le corps de ce qui est regardé :

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Je cherche.

Cela fait un temps que je me faufile entre les roches comme un animal sauvage.

Je ne sais plus ce que je cherche.

De l'eau? Un peu de verdure? Ou peut-être de quoi manger?

Il n'y a rien que ce sol rocailleux et stérile.

Mes mains vont et viennent à tâtons, rien, rien d'autre.

C'est pourtant cet « Autre » que je cherche. Comme un aveugle cherche la lumière, je cherche une trace de vie.

J'ai beau tendre l'oreille, mettre en alerte tous mes sens, m'étendre de tout mon corps, ramper la joue contre la roche en quête d'un embryon de piste à suivre, rien.

Je me roule dans le sable pour faire le vide, pour tout oublier, même la peur.

Puis je me retourne et me retrouve subitement face avec un mur de pierre, massif, impénétrable.

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Un sans-issue, une impasse sans avant ni arrière, un sans retour.

Et là, comme en appel à un improbable secours, je lève la tête.

Au cœur de l'absence, au plus profond de ce qui se voulait un cri, dans une ébauche de plainte devenue silence, je devine une impalpable lumière.

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Je me tais et retiens mon souffle. Une subtile présence traverse ma poitrine, mes lèvres et le bas de mon dos.

J'attends et j'écoute.

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Un nouvel article, en suite aux deux précédant qui ont été publiés sur la relation du corps avec la roche : Les mains sur le roc, et Descendre, du roc à l'eau. Voir la catégorie le corps en nature.

Exceptionnellement, deux dessins sont présentés dans le même article, pour permettre une comparaison entre deux façons de traiter le même thème.

Assise sur la roche

Dans le premier dessin, la scène représente une pose nue en nature, interprété selon l'idée que certains se font du ce sujet.

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Croquis préliminaire

Le corps dénudé est tout simplement transposé dans un environnement naturel, sans qu'il y ait une relation active avec celui-ci. C'est un peu comme si une pose, saisie dans une habitation urbaine, avait été collée dans un décor plus naturel.

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Rendu sommaire des valeurs à l'estompe

Le sujet reste en quelque sorte étranger à la nature. Dans ce cas-ci, il semble perdu dans ses pensées, le corps replié sur lui-même, la tête appuyée sur la main, traduisant un ennui ou ne sachant quoi faire de soi.

De nombreuses photos représentant le nu en nature et que l'on peut trouver sur Internet auraient pu être prises dans un environnement artificiel ou social sans ne rien changer à la pose. Il s'agit de portraits ou de poses conventionnelles typiques sur lesquelles la présence de l'environnement naturel n'a à peu près pas d'incidence.

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Rendu des valeurs avec hachures

Dans la présente image, c'est le traitement des valeurs qui a permis de rapprocher le sujet de son environnement et de créer une forme de lien de proximité entre les deux.

De par leur constitution, la pierre et la chair sont d'une certaine façon à l'opposé l'une de l'autre. La matière rocheuse est perçue par nos sens comme étant dure, froide et inerte, alors que la chair nous est tendre, chaleureuse et vivante.

Le dessin aurait pu renforcer cet effet de contraste, justifiant d'une certaine façon le peu de traits communs entre le sujet nu et son environnement minéral.

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Détail du traitement des surfaces

Au contraire, le modelé doux des formes rocheuses a été interprété comme s'il s'agissait de la chair, de telle manière à ce que graphiquement parlant la masse de pierre puisse sembler presque plus tendre et accueillante que le corps lui-même. Un peu comme si la nature invitait le corps, plus raide et fermé, à se détendre et à communier avec sa propre présence de vie.

Couchée sur la pierre

Dans la deuxième image, la relation entre le corps et la pierre est tout à fait différente. Le sujet est tourné vers le sol, couché sur une masse rocheuse autour de laquelle le corps s'arrondit et se moule pour mieux en épouser la forme. Les cheveux défaits amènent une touche de fluidité, comme si un ruisseau venait rafraîchir la paroi rocheuse.

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Croquis préliminaire

L'être humain n'agit plus dans cette image en « touriste » se faisant prendre en portrait dans un décor bucolique. Il est engagé dans « un corps à corps » intime avec son environnement.

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Esquisse au crayon

La roche, comparativement à l'image précédente, est beaucoup moins tendre. Ses contours sont plus angulaires, présentant des aspérités peu accueillantes. Son volume est massif et ramassé sur lui-même, taillé sommairement dans le brut, traduisant une vie menée « à la dure », en mode plus masculin. En contraste, le corps du sujet se fait avant tout féminin, partageant la vulnérabilité et la tendresse de sa chair.

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Détail du dessin en processus

Le visage est intériorisé, à l'écoute, pareil à celui un enfant. La fluidité de la chevelure qui tombe en cascade va dans le sens de l'abandon, du lâcher prise, en effet de contraste avec l'inflexibilité ferme du roc de pierre.

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Détail avec jeu de hachures

En arrière plan, une petite niche rocheuse invite au refuge intérieur, à dépasser les apparences extérieures et à s'ouvrir au mystère présent en toute forme de vie. Alors qu'un peu plus à gauche, les seins du sujet, dans leur générosité et tendresse, semblent vouloir offrir un peu d'amour au roc hermétique, encore prisonnier de sa propre densité.

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Rendu final des valeurs au graphite

Un nouveau dessin de tendresse partagée entre un homme et une femme, en réponse à la demande d'internautes (Voir l'article Internet en manque de tendresse dans la catégorie Dessin de tendresse)

Cette fois-ci aucun geste n'est échangé entre l'homme et la femme. Ils reposent paisiblement tous deux, allongés sur le dos côte à côte, l'un à l'envers de l'autre.

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Croquis préliminaire

Les corps sont détendus, en position d'abandon, en repos et peut-être même en profond sommeil. Le haut du corps de la femme est appuyé sur le bassin et le bras de l'homme.

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Rendu sommaire des ombrages

L'homme a le visage tourné vers la source de lumière qui vient de la gauche, on peut s'imaginer le soleil couchant sur une plage des tropiques ou encore le rayonnement chaleureux d'un feu de bois dans l'intérieur d'une maison une nuit d'hiver.

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Esquisse des modelés

La tendresse dans ce cas-ci n'est pas directement exprimée par un geste, mais plutôt par l'expression sous-jacente d'une profonde confiance. Pour que deux personnes s'abandonnent dans la vulnérabilité de leur nudité, cela prend au minimum l'espace d'un nid de confiance partagée.

Dans cette image, les tensions liées aux jeux de la séduction et de la recherche d'intensité amoureuse, propres à tant de relations entre hommes et femmes, s'estompent pour ne laisser que la simple et tendre communion entre deux êtres sensibles qui se font mutuellement confiance.

Dans le regard de la personne qui l'a dessinée, au moment où cette image a été créée, c'est une image de tendresse qui se dessinait.

Une fois publié, ce même dessin sera interprété totalement différemment selon les individus et les cultures auxquelles ces individus appartiennent.

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Rendu final des valeurs avec jeu de hachures

Pour certains, parce qu'elle contient une représentation explicite de la nudité, cette image sera totalement inacceptable, peu importe la scène qui est décrite. Pour d'autres, elle sera directement associée à une quête de plaisir ou encore évoquera une expérience négative, pour d'autres encore elle sera totalement insignifiante et dépourvue d'intérêt.

En matière d'intimité, chacun ne voit en fin de compte que ce qu'il « veut » voir, indépendamment de la réalité de l'image représentée.

Pour faire le lien avec l'article Internet en manque de tendresse, on peut se demander ce que cherchent en fait les internautes lorsqu'ils inscrivent à répétition des mots clés comme : dessin de la tendresse, corps avec tendresse, tendresse des corps, nudité tendresse, l'espoir d'aimer avec tendresse en image, tendresse et amour, images d'amour tendresse, nu tendresse, en image la tendresse et amour, image de tendresse ou tendresse d'un regard.

Où commence la tendresse ? …et quand cesse-t-elle d'être de la tendresse?

Pour certaines personnes la tendresse en amour ressemble aux chastes baisers (les lèvres fermées) que s'échangeaient les couples dans les photoromans ou les films romantiques des années cinquante. Pour d'autres la tendresse se vit avant tout en amitié ou dans les relations parents enfants, et elle est exclue ou inconcevable entre hommes et femmes dès que les corps sont dévêtus.

La question est lancée :

Où commence la tendresse
et quand cesse-t-elle d'être de la tendresse?

Vous pouvez contribuer à répondre en cette question en répondant à cet article au moyen d'un commentaire ou encore en envoyant un courriel (Voir la page Liens et contact).

Pour terminer cet article, qui encore une fois touche à la nature du regard posé sur le corps, c'est toujours fascinant de voir à quel point ce regard cherche automatiquement des points de repère identitaire pour en quelque sorte « classer » rapidement ce qu'il voit. Ce qui est perçu est dans les faits instantanément analysé au moyen d'une grille d'évaluation incrustée en arrière de l'œil : beau-laid, désirable ou non, partageant le même groupe d'appartenance ou non (âge, genre, race, proportions, culture, etc.)

L'appartenance socioculturelle étant plus difficile à décoder lorsque les corps sont nus et dépourvus des vêtements, ces derniers étant fortement porteurs de repères identitaires, le regard analysera plus en détail le visage et certains détails comme par exemple la coiffure.

Dans ce cas-ci l'arrangement des cheveux, assez « sage » de l'homme, peut suffire pour le classer dans un groupe avec lequel l'on se sentira en affinité ou pas du tout. Dès que l'art représente une réalité humaine vécue, ce mécanisme se met en marche, provoquant à la limite un rejet complet de la totalité de l'image. La pratique artistique inverse étant de dépersonnaliser le sujet, d'épurer les formes et tendre vers certains idéaux de perfection, comme dans les représentations des divinités dans la Grèce antique.

Ce pourquoi tant d'artistes dits « commerciaux », en quête de la faveur du public et de potentiels acheteurs, chercheront sciemment ou inconsciemment des « modèles passe-partout », correspondant à des normes idéales ou au goût populaire de l'époque et de la culture dominante. Et ce afin de désamorcer les mécanismes inconscients de rejet de tout ce qui ne rentre pas dans ces normes.

D'autres artisans de l'image persévèrent et réussissent dans certains cas, à force d'y investir tout l'amour que leur pratique soutenue libère, à faire aimer ce qui à priori était classé comme étant « non-aimable ».

Juste pour confirmer le fait que quelques traits de crayon suffisent pour modifier la perception du sujet, modifions très légèrement l'arrangement des cheveux de l'homme et observons la façon dont notre regard répondra à ces changements mineurs.

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Détail avec coiffure modifiée

Un nouvel exercice de dessin sous forme d'étude de mouvements au sol (suite de trois étirements vus en raccourci d'un modèle féminin).

Comme déjà mentionné dans l'article précédant Dessiner une séquence de mouvements, une des meilleures manières de comprendre la forme et l'anatomie humaine est de dessiner une suite de mouvements ou la même pose vue de divers angles.

Certains livres de référence destinés aux artistes présentent des suites de photos spécialement conçues pour de tels exercices de dessin. Voir la nouvelle section en construction Livres de référence photographique.

Vous pouvez aussi visionner un DVD vidéo dans lequel des mouvements du corps apparaissent et exporter une série d'images fixes de votre choix. La plupart des logiciels de lecture de DVD installés dans les ordinateurs sont munis d'une fonction à cet effet.

Montage de l'image-modèle

Choisir trois poses consécutives du même mouvement, les imprimer, les découper et les assembler sur une même feuille, de façon à ce que les trois poses composent une seule et même image. Dans certains cas, surtout s'il y a un manque d'espace, les poses peuvent être emboitées les unes dans les autres, comme s'il s'agissait de trois modèles en contact les uns avec les autres.

Étude de mouvement

Pour commencer, esquisser très légèrement la composition, de façon à pouvoir corriger et ajuster les proportions de chacun des mouvements.

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Croquis sommaire

Dans l'étude présente, le modèle est allongé au sol, L'angle de vue est situé au dessus du modèle, en plongée, entraînant un effet de perspective et une vision en raccourci du corps. Raccourci dans lequel le haut du corps prend plus d'importance que le bas du corps, les jambes apparaissant proportionnellement plus petites que le tronc et la tête.

Pour mieux visualiser les proportions et rendre le volume du corps, il est possible de faire ressortir les lignes de construction en les traçant directement sur l'image modèle ou sur du papier à tracer (Consulter l'article Apprendre à voir).

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Exemples de lignes de construction simples

Remarquer qu'en raison de la vue en raccourci, les axes transversaux du corps, exemple les tours de taille, de la poitrine et des poignets, s'arrondissent et apparaissent sous formes d'arcs de cercles.

Une fois que les proportions sont confirmées et qu'il semble n'y avoir plus rien à corriger, continuer à détailler le modelé des formes.

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Esquisse au crayon

L'exercice est déjà suffisant en soi à cette étape. Le répéter à plusieurs reprises en choisissant de nouvelles séquences de mouvement.

Pour approfondir l'étude, indiquer sommairement les ombres à l'estompe (Voir l'article Rendu au graphite) et affiner les détails.

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Rendu sommaire des ombrages à l'estompe

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Nettoyage au crayon-efface et rendu final des formes

Un autre article partageant à la fois la catégorie le corps en nature et la nouvelle catégorie intitulée « Un seul corps »

Dans l'article précédant le sujet grimpait la paroi rocheuse, cette fois-ci il se retourne et la descend.

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Croquis

Le sujet, incliné vers l'arrière et prenant appui sur la pierre, est vu en légère plongée.

Les axes horizontaux, lignes tracées par les épaules, les seins, les mains et les fesses, s'inscrivent dans des obliques presque verticales.

À cause de l'angle de vue, le sujet présente alternativement certaines parties avant et arrière de son corps. La tête et les fesses sont vues en trois quart arrière alors que la poitrine est d'avantage en trois quart avant.

Qu'est-ce que je perçois, qu'est-ce que je retiens de cette image,
en quoi je partage le vécu de ce qui est représenté?

La meilleure façon de percevoir la réalité vécue est de me mettre dans la peau du sujet.
Vivre la pose pour mieux la voir!

Je descends lentement. La paroi est abrupte et je suis craintive.

Je vis toujours plus d'insécurité lorsque je descends. Le fait de voir ce qui est en bas me fait craindre la chute, alors que quand je monte, je ne vois que le sommet à atteindre et la possibilité de glisser ou tomber ne m'effleure presque pas.

Mais dès que je me retourne, je vois la distance entre la hauteur à laquelle je suis et le bas et j'anticipe tout ce qui pourrait arriver.

J'avance très prudemment. On dirait que je me sens beaucoup plus lourde que lorsque je grimpais. Je prends fortement appui sur mes mains et le roc en arrière de mon dos. Mes bras et le haut de mon corps sont tendus, prêts à assurer le rétablissement de la pose au cas où l'un de mes pieds glisserait. Les aspérités rocheuses me rentrent dans la peau et j'ai peur de me faire mal.

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Rendu sommaire au graphite

Pourquoi la crainte m'est devenue subitement omniprésente? Pourquoi m'empêche-t-elle de descendre avec autant de légèreté et d'insouciance que lorsque je suis montée. Je me sens comme un petit chat qui a grimpé au sommet de l'arbre et qui miaule à tout rompre, ne sachant plus comment redescendre.

Mon corps s'arque par en avant, de façon à ce que mes pieds adhèrent plus fortement sur la pente abrupte.

En contrebas, les flots sinueux de l'eau m'appellent.

Le fait d'être nue et en mouvement me fait ressentir avec plus d'acuité la présence des éléments de la nature, alors que d'autre fois, encarcanée dans mon costume de primate civilisée et perdue dans mes préoccupations, cette nature m'est totalement étrangère.

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Rendu avec hachures

Au bout d'un temps ma peur et les scénarios de chute s'estompent. Je prends conscience du véritable message que mes sens, réveillés et en alerte, me renvoient.

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Détail des hachures

En fait mon corps est heureux d'être là. Une fois libérées de la tyrannie de la peur, chacune de mes cellules se remet à vivre, mise en confiance par les caresses du soleil et du vent, en communion avec la matière, dialoguant et jouant avec la multiplicité des formes que cette matière vivante s'amuse à prendre.

Cet article inaugure une nouvelle catégorie intitulée « Un seul corps ». Un seul corps dans le sens où l'artisan-dessinateur est invité à considérer le corps dessiné non séparé du sien, à s'y reconnaître , ou du moins à reconnaître que ce qu'il croit autre est en fait une partie de lui-même. Voir la page de présentation de cette catégorie pour plus de détails. Cet article fait également partie de la série de dessins sur le corps en relation sensible avec la nature (Catégorie Le corps en nature),

Cette fois-ci, c'est la relation au roc, à la roche ou à la pierre, qui est explorée.

Le sujet vient de sortir de l'eau. En prenant appui sur ses mains, il grimpe le long d'une paroi rocheuse. La scène est vue du dessus et légèrement de coté, ce qui fait que le raccourci n'est pas prononcé, sauf dans le cas du visage et des épaules.

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Une fois les grandes lignes esquissées, j'écoute ce que le thème du dessin évoque en moi.

Qu'est-ce qui me touche dans cette pose?

Il ne s'agit pas d'une question intellectuelle ou d'une analyse dans laquelle le sujet est froidement décortiqué. Je cherche plutôt à entendre en quoi mon cœur et mon corps sont touchés.

Il me semble que c'est le contact intime avec le sol qui me touche.

D'ordinaire, l'homme civilisé marche en nature d'un pas sûr et rapide, amplement vêtu et martelant le sol de ses souliers, promenant un regard conquérant sur les paysages qui s'offrent à sa vue.

Ici le modèle est nu. Ses pieds sont nus, ses mains sont nues, son corps est nu.

C'est le vécu des peuples aborigènes, qui vivant à peu près nus ont un rapport de proximité avec la nature, alors que l'homme « civilisé », du haut de l'accumulation de son savoir, a souvent perdu la possibilité de converser avec son environnement naturel.

Le sujet est une femme. Sensible et attentive, elle écoute le sol avec ses deux pieds nus posés sur le roc, avec ses deux mains nues apposées sur le minéral, avec tout son corps à nu qui s'arrondit et prend forme d'oreille pour mieux entendre la pierre, cette matière dure que l'on considère généralement comme étant inerte et muette.

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Au contact avec la roche, elle prend matière et densité dans son propre corps.

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Pendant quelques secondes d'éternité, par la magie du dessin, je prends moi-même forme de pierre. Je deviens la statue de grès que l'on a patiemment sculptée à coup de burin. Et si, à force d'être sablée, lavée et polie, je présente quelques rondeurs et lignes tendres, je n'en conserve pas moins mon immuabilité.

La main qui me caresse reconnait la forme de vie, mais le frémissement de mon corps de pierre reste imperceptible à celui qui se contente du jeu des apparences et des sens.

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Je suis encore en arrêt, quelque chose de très profond et lointain cherche à remonter à la surface. Du temps des dolmens et des menhirs, ou peut-être de l'âge de pierre.

J'écoute.

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Oui, j'en suis maintenant convaincue, il fût un temps ou l'être humain conversait avec l'immuable.

Avant même que les hommes se statufient dans le roc, la pierre à déjà pris chair sous la paume de mains humaines. Elle s'est attendrie et à révélé son cœur fidèle et patient!

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Chaque dessin est une aventure, chaque dessin est une découverte, pas seulement la découverte d'une parcelle de l'univers, d'une autre forme corporelle, d'un geste ou d'une personne, mais aussi découverte d'une nouvelle clé pour pénétrer dans le sanctuaire de notre propre intériorité, pour toucher à la résonance profonde de ce qui nous anime au cœur de notre propre corps.

Dessiner ce que l'on voit, c'est déjà apprendre à ouvrir les yeux, se reconnaître non séparé de ce que l'on dessine, et même reconnaître intimement pour sien que ce que nos sens perçoivent comme étant extérieur à nous même, permet de toucher à la source universelle de vie.

Le dessin prend vie non parce que l'artisan-dessinateur a réussi à mimer les apparences de la vie, mais bien parce que la forme représentée a été insufflée de vie au cœur du regard qui a été porté sur elle.

Dans la série de dessins sur le corps en relation sensible avec la nature (Catégorie Le corps en nature)

 

Le sujet est vu de dos, faisant face au mystère des sous-bois.

 

Le corps est légèrement incliné, le bras est relevé et la main tient le tronc d'un arbre.

 

La composition se résume à un ensemble de lignes fluides et avant tout verticales.

 

 

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Les lignes du corps et les lignes des arbres s'élancent à l'unisson dans une même continuité.

 

 

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Le jeu de courbes est traité avec un crayon léger, pour ne pas « tuer » la ligne et éviter de cloisonner les formes de vie.

 

 

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Le rendu des ombrages est progressivement mis en valeur au moyen de fines hachures.

 

 

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Le crayon efface est utilisé pour dégager les zones de lumières et pour silhouetter les formes de l'arrière-plan, lequel est à peine esquissé, laissant deviner l'abondance de la vie végétale.

Un quatrième dessin sur le corps en relation sensible avec la nature (Catégorie Le corps en nature)

 

Le sujet est vu de profil, le visage penché, les bras entourant le tronc d'un jeune arbre. Son bras droit est relevé et se confond avec les branches qui s'élancent de l'arbre.

 

 

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Comme dans toutes les esquisses,
le crayon demande à rester léger et sensible pour effleurer les formes de vie sans les enfermer.

 

 

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Les ombrages, sommairement indiqués à l'estompe, renforcent l'atmosphère d'intériorité de la pose.

 

 

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Les modelés lumineux du corps sont rehaussés par les valeurs foncées du tronc d'arbre.

 

 

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Le rendu des nuances de ton est travaillé au moyen de fines hachures.

 

 

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Détail du jeu de hachures

Un troisième dessin sur le corps en relation sensible avec la nature (Catégorie Le corps en nature)

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Esquisse au crayon

Le sujet est penché, légèrement replié, un genou à terre et la tête appuyée contre le tronc d'un arbre. Une main entoure le tronc, tandis que l'autre, posée sur la cuisse, tient quelques branches de feuilles qui s'élancent du sol. Le sujet est intériorisé, dans une écoute sensible de ce qui lui est présent.

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Rendu sommaire des valeurs à l'estompe et au graphite

Les ombrages font ressortir l'espace intérieur qui est crée entre le corps incliné, le tronc d'arbre et la jambe repliée. La pénombre des sous-bois en arrière plan renforce l'ambiance d'intériorité et dégage, par effet de contraste, les zones plus éclairées du dos.

Des bouquets d'herbes tendres jaillissent ici et là du sol.

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Rendu des nuances avec hachures

En apposant progressivement de fines hachures au crayon, le modelé du ventre, des seins et de la cuisse est rendu dans ses diverses nuances.

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Rendu des valeurs au graphite

Les détails de l'arrière plan sont à peine effleurés à l'estompe et au crayon efface de façon à donner plus de présence à l'avant-plan.

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Détail du jeu de hachures

Dessin d'un modèle d'une pose "repliée en boule" en nature, au pied d'un jeune arbre.

 

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Dans le premier croquis, le sujet apparaît dans son ensemble, les pieds dans les herbes et fougères, une main tenant le tronc de l'arbre. Le corps replié est similaire à un grain de semence qui porte encore en lui tout le potentiel de vie et de déploiement d'une plante en devenir, tandis que le jeune arbre représenterait le germe vivant qui s'en élance.

 

Le croquis est esquissé une deuxième fois en se rapprochant du sujet, de manière à ce que la pose paraisse moins vue de l'extérieure et fermée sur elle-même, en invitant le spectateur à vivre la pose de l'intérieur, telle que vécue par le sujet.

 

De la même façon que le dessin d'un œuf, qui vu de l'extérieur peut paraître froid et hermétique, alors que si nous nous transposons à l'intérieur de la coquille, en compagnie du poussin, nous y découvrons toute une richesse de vie insoupçonnée.
 

 

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Le fait de partager un peu de l'intimité du sujet, en se rapprochant du visage, en se familiarisant avec les petits espaces intérieurs qui se dessinent entre la poitrine et les cuisses repliées, change complètement la perspective et la perception de la pose. Dans le premier croquis, le spectateur est en quelque sorte étranger et exclu du vécu intérieur du sujet, dans la deuxième, il y est invité.
 

 

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Le jeu d'ombres et lumières contribue à mettre en valeur les modelés et reliefs.
 

 

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Le dessin des lignes du corps et de la nature est doucement précisé d'un cayon très fin et léger, de façon à ne pas enfermer la sensibilité de la vie dans des traits trop catégoriquement affirmatifs.
 

 

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Chaque frémissement et souffle de vie est éffleuré, en accordant à chacun d'entre-eux une disponibilité et une attention unique.
 

 

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Un dessin est un chœur de lignes, une symphonies d'ombres et lumières, et non le reflet d'une apparence que l'on essaye de reproduire en jeu de miroir parfait. Le miroir reste froid et impénétrable, l'œuvre patiemment dessinée avec présence et amour accueille au-delà des façades, et ouvre des portes vers d'autres espaces.
 

Une toute nouvelle série de dessins et écrits sur le thème du corps sensible en relation avec son environnement naturel.

Pour commencer, un dessin en hommage à l'enfance. Vous en souvenez-vous, quand un enfant joue à la cachette avec son parent, et qu'il joue à disparaître et apparaître, tout simplement en plaçant ses mains devant ses yeux, puis en les enlevant, persuadé que lorsqu'il ne voit plus son parent, celui-ci ne le voit pas non plus?

Le corps, ainsi que l'ensemble des formes vivantes, est mon terrain de jeu favori pour jouer à cache-cache avec la présence : « J'y suis ou je n'y suis pas, trouve-moi, et si tu ne me vois pas, ne crois pas pour autant que je ne suis pas là! »

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Sur l'esquisse, une personne cache son visage en arrière d'un arbre, mais cet arbre est si jeune qu'il ne cache pas grand-chose, juste de quoi révéler une infime parcelle de mystère, parcelle de mystère qui en elle-même est aussi parlante, si pas plus, que le dévoilement de ce qui demeure caché.

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De chaque coté de l'arbre, les plis des yeux des lèvres laissent deviner un sourire complice.
C'est ce sourire complice, que chaque enfant cherche dans le visage de l'adulte qui l'a enfanté, que je continue à chercher jour après jour dans le petit théâtre de la vie, ou encore dans la dimension cachée et intime qui se dévoile en arrière des rideaux.

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Les mains entourent doucement le tronc d'arbre qui traverse le corps de haut en bas, et juste au dessus des mains, comme par la magie de leur présence, un bouquet de branches prend naissance.

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En arrière-plan, la nature, fidèle à elle-même, ne cesse d'être jets et fleurissements de vie sur fond de mystère. L'éclat lumineux d'un germe surgit des profondeurs obscures et humides de la terre, et la frise dansante des rameaux feuillus se découpe dans l'ombrage tendre des sous-bois.

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Analyse de mouvement d'un saut – Femme sautant au dessus d'un obstacle, d'après une séquence de photos d'Eadweard Muybridge

Le plus grand défi, pour la personne qui dessine un mouvement en plusieurs étapes, c'est de conserver les mêmes proportions d'un dessin à l'autre, de façon à ce qu'il y ait une continuité et que le personnage se ressemble.

Différents petits trucs peuvent être utilisés pour faciliter le processus. L'un consiste à tracer une série de lignes horizontales équidistantes sur le fond, ce qui permet de s'en servir de repères pour situer plus précisément le positionnement d'un mouvement par rapport a l'autre.

Pour éviter la fluctuation des proportions du corps, ce qui est particulièrement important en animation, reporter quelques simples mesures, comme par exemple la hauteur de la tête, du tronc et de la cuisse, d'un dessin à l'autre.

La méthode la plus utilisée pour favoriser la fluidité et la cohérence de l'ensemble de la séquence, revient à esquisser les lignes du mouvement au moyen d'une série d'arcs de cercle représentants le parcours des différentes parties du corps dans l'espace.

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Croquis avec lignes repères et lignes de mouvement.

Commencer par réaliser une étude de l'ensemble du mouvement au moyen d'une série de croquis, en s'inspirant d'une séquence de photos ou d'images tirées d'un mouvement filmé.

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Étude du mouvement de saut

Les dessins de cet article ont été réalisés en s'inspirant d'une séquence de photo figurant dans le livre The Human Figure in Motion de Eadweard Muybridge, L'outil de référence photographique sur le mouvement de l'être humain le plus utilisé par les illustrateurs, animateurs et auteurs de bande dessinée.

Disposer l'ensemble des images l'une à la suite de l'autre et vérifier si la continuité du mouvement est fluide et que les proportions du sujet restent constantes avant de détailler les formes et valeurs.

Dans la première phase du saut, le sujet prend son élan et décolle du sol. Dans ce cas-ci, contrairement au saut à pieds joints, l'une des jambes est projetée en avant de manière à enjamber l'obstacle tandis que l'autre jambe assure la poussée nécessaire au saut pour ensuite se replier et survoler l'obstacle à son tour. Les bras participent également à l'effort et sont projetés en avant vers le haut, comme s'ils essayaient d'atteindre un support auquel s'accrocher.

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Mouvement de décollage du sol

Dans la deuxième partie du saut, le sujet redescend vers le sol. La jambe qui avait assurée la poussée rattrape celle qui l'avait devancée dans le saut pour la dépasser et amortir la première l'impact de l'atterrissage au sol. Les bras miment un mouvement de battement d'ailes en s'abaissant pour ensuite remonter au moment du toucher du sol, comme pour alléger la chute.

Les mèches de cheveux et les seins renforcent l'effet de descente en remontant vers le haut.

La tension musculaire, généralement moins apparente chez les sujets féminins, est visible particulièrement dans les muscles abdominaux et les jambes.

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Mouvement d'atterrissage

Un troisième exercice de dessin s'inspirant de photos d'Edward Weston

Voir la rubrique Livres de photographie artistique sur le corps pour les détails sur les livres de nus d'Edward Weston

La photo semble avoir été prise lorsque le sujet était en mouvement. Le haut du corps est légèrement incliné et les jambes sont entrouvertes comme si le modèle était en train de se lever ou de s'asseoir et qu'il cherchait son équilibre.

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Croquis des grandes lignes

Comme dans les photos qui ont servi d'inspiration pour les deux dessins précédents, le sujet est éclairé en mode frontal, et les formes se découpent clairement sur le fond.

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Rendu sommaire des ombrages à l'estompe

Les formes du corps sont remodelées et ajustées à plusieurs reprises au cours des étapes. Dans certains cas des modifications peuvent encore être faites lors de la finition. C'est l'avantage du graphite qui permet plusieurs effacements successifs.

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Dessin des contours

Tout au long du processus, il est essentiel de « laisser vivre » le dessin. Lui permettre de se transformer à loisir sans l'enfermer dans le carcan d'une vision ou dans la prison piégée des attentes. Il s'agit d'une interprétation et non d'une copie conforme reproduite mécaniquement, ce qui veut dire qu'il est possible de s'inspirer de la même photo à plusieurs reprises, de la redécouvrir à chaque fois sous d'autres angles et d'en tirer un dessin tout à fait différent.

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Rendu des valeurs avec hachures

La gamme de tons de la photo qui a servi d'inspiration est assez foncée, ce qui exige un plus grand nombre de hachures et contre hachures pour rendre adéquatement toutes les nuances des dégradés et des valeurs.

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Détail des hachures

Pour les personnes qui voudraient reproduire l'exercice de dessin d'après cette photo et qui désireraient imprimer le jeu de hachures du dessin en haute résolution, un fichier pdf est disponible sur demande en utilisant l'adresse figurant sur la page « contact ».

Suite de l'article Apprendre à dessiner le corps humain en dessinant d'après des photographies artistiques

Voir la rubrique Livres de photographie artistique sur le corps pour les détails sur les livres de nus d'Edward Weston

Comme dans le cas de la photo qui a servi d'inspiration au dessin précédant, il s'agit d'un détail du corps dans une composition assez simple.

Le modèle est tourné de trois quarts, une main sur la hanche, et l'autre ramenée sur le cœur, au dessus du sein.

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Croquis des grandes lignes

La richesse de la photo est en grande partie due aux nombreuses nuances de tons. Comme dans beaucoup de photos d'Edward Weston, le sujet est éclairé en mode frontal, comme si la lumière venait de l'appareil photo.

 

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Rendu sommaire des ombrages à l'estompe

L'avantage de dessiner des détails du corps, c'est la possibilité d'interpréter les contours et les modelés avec beaucoup plus de finesse que si l'ensemble du sujet était représenté sur la même surface.

 

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Dessin des contours

Les grandes surfaces des détails du corps favorisent également un rendu plus nuancé des valeurs et des dégradés. Dans ce cas-ci, les ombrages de l'arrière-plan font ressortir les zones lumineuses du sujet.

 

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Rendu des valeurs avec hachures

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Détails des hachures

Pour les personnes qui voudraient reproduire l'exercice de dessin d'après cette photo et qui désireraient imprimer le dessin en haute résolution, un fichier pdf est disponible. Envoyer votre demande par courriel à l'adresse figurant sur la page « contact » et le pdf vous sera envoyé par retour de courriel.

Une des meilleures choses qu'il puisse arriver, durant une séance de dessin face à un modèle nu, c'est que la nudité du sujet renvoie à notre propre nudité, c'est-à-dire que nous nous reconnaissions nous-mêmes « tout nus » devant le modèle.

L'être humain est né nu et vulnérable.

Mais l'être humain n'aime pas beaucoup se sentir nu et vulnérable, préférant généralement s'identifier à la force et à l'invulnérabilité.

Tout ce qui peut habiller, revêtir, couvrir, masquer, protéger est le plus souvent bienvenu.

Dans le cas de l'artiste, son premier « costume » est son identité d'artiste, derrière laquelle plusieurs se protègent des insécurités et questionnement existentiels, ses souliers, parures et accessoires vestimentaires lui viennent de ses outils ou habiletés, et son armure ultime est forgée sur le concept de la maîtrise de son art.

Or la création d'une œuvre d'art sensible et vivante est soumise au même incontournable que la conception et la mise au monde d'un enfant : cela ne peut se faire sans une certaine ouverture, sans une forme de mise à nu ou d'abandon.

Si la « maîtrise artistique » peut constituer un chemin progressif cumulant les acquis, comme un escalier dont nous sommes appelés à gravir une marche après l'autre, la pratique elle-même nous ramène toujours au point zéro, devant une feuille vierge, ne sachant rien, ayant tout à apprendre et à découvrir, sous peine d'en perdre l'essentiel : ce qu'on pourrait appeler l'amour (Voir l'article précédant, Maîtrise-traîtrise).

L'amour en art, comme l'amour entre deux êtres, est exigeant en ce sens qu'il ne peut se reposer sur rien d'autre que sur la qualité de présence et d'attention à l'autre, au cœur de l'instant et dans la plus grande vulnérabilité. Dès qu'il s'appuie sur des habitudes, sur des principes ou des certitudes, dès qu'il devient « mécanique » ou s'habille de normes sociales, il signe son arrêt de mort à plus ou moins brève échéance.

La nudité, et à plus forte raison la nudité de la femme, généralement plus sensible et vulnérable, renvoie l'artiste à cette exigence de présence dépouillée, à fleur de cœur.

À moins de s'accrocher à son statut et à son armure d'artiste confirmé (il y en beaucoup qui ne peuvent s'empêcher de le faire), cette remise à nu intérieure va ouvrir la personne qui pratique le dessin à ce que l'on appelle l'inspiration, le modèle-muse lui tenant la main sur ce fragile chemin.

Il y a d'ailleurs une forme d'inversion subtile qui se produit à ce moment là entre l'artiste, qui constitue selon toutes apparences l'élément actif de la séance de dessin d'après modèle, et le sujet, lequel incarne la partie passive et immobile.

Quand l'artiste accepte de se retrouver intérieurement mis à nu, qu'il accueille sa réceptivité-vulnérabilité, c'est en quelque sorte le modèle-sujet qui devient subtilement « actif », guidant l'artiste dans le processus de réalisation de l'œuvre. Tout cela sans un seul geste ni un seul mot.

Plusieurs modèles ont constaté ce phénomène.

Nous avions, lors d'une session de dessin d'après modèle, accueilli une femme particulièrement enjouée. Étudiante en danse, son professeur lui avait conseillé de faire du modèle nu pour sortir des complexes qui l'handicapaient dans ses mouvements de danse. Lorsqu'elle posait, nous avions remarqué qu'elle ne cessait de bouger les yeux dans tous les sens. Interrogée durant la pause, à savoir si quelque chose la dérangeait, elle nous répondit qu'elle ne pouvait s'empêcher de regarder tour à tour les yeux des personnes qui la dessinaient, parce que disait-elle « dès qu'une personne se met à dessiner, son regard s'adoucit et son visage devient celui d'un enfant ». Son plus grand plaisir était d'observer cette métamorphose et de contempler les « visages d'enfants » tournés vers elle, lesquels se raccrochaient en quelque sorte à sa présence.

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le mystère de la relation entre le modèle et l'artiste.

Certains auteurs ont d'ailleurs fait un travail considérable en ce sens.

L'ouvrage le plus complet consacré spécifiquement à ce sujet, à la fois sur le plan historique et analytique, est sans doute celui écrit par France Borel : « Le modèle ou l'artiste séduit », publié dans la collection Skira. Définitivement à lire pour toute personne qui s'intéresse au sujet!

Au-delà de l'analyse du sujet, laquelle verse souvent du coté de la psychologie motivationnelle et relationnelle entre le modèle et l'artiste, il demeure toujours un mystère que l'on ne peut toucher qu'au travers de la rencontre de cette double nudité, à la fois celle du corps et de l'âme, l'une révélant l'autre.

Peut-être que ce mystère touche d'une manière ou une autre à la relation entre ce qu'on pourrait appeler le Créateur et sa créature, entre le regardant et le regardé, se ramenant encore une fois à une « histoire d'amour »?

Pour en revenir à la « nudité » de l'artiste devant le modèle, mentionnons que de très rares artistes, surtout des femmes, certaines ayant déjà été elles-mêmes modèles, participent de la nudité de leur modèle durant la séance de pose, non seulement intérieurement, mais aussi en pratique, se dévêtant pour pouvoir mieux adhérer aux processus de dessin de nu.

Un des plus bels exemples publics de cette pratique est celui de l'artiste-modèle et naturiste belge Annick Terwagne, qui de préférence dessine ou peint dans la même tenue vestimentaire que ses modèles. Lire un article à ce sujet.

Pour mieux comprendre l'approche de « Ak », voir le site du couple Annick Terwagne et Jean-François Collignon, lesquels mènent une double démarche pleinement assumée, à la fois d'artistes et de naturistes.

Pour résumer, le dessin d'un modèle nu est toujours une forme de rencontre, en particulier pour celle ou celui qui accepte de la vivre pleinement. Rencontre avec l'autre, avec soi-même, avec le plus vulnérable ou avec le plus grand, peu importe, c'est une rencontre, et comme toutes les rencontres authentiques, cela implique une forme de mise à nu de part et d'autre!

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Nu dans la lumière d'un sous-bois, dessin au graphite
Voir la réalisation par étapes du dessin

Autant le dessin des racines rappelle les formes du corps (voir l’article précédant), autant le dessin des lignes des cheveux en appelle à la même fluidité que les herbes dans le vent, au même mouvement que les filets d’eau d’un ruisseau.
 
Plus les cheveux sont longs, plus ils s’impriment du mouvement de l’eau ou du vent, ils peuvent même dans certains cas évoquer les flammes d’un feu.
 
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Quand on les dessine ensemble, on découvre qu'il y a une forme d'analogie entre le corps humain et les racines d'un arbre. Les contours d'un nu et les lignes de racines mises à nu ont la même fluidité et sinuosité.

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Assemblage de croquis

Le corps lui-même est souvent considéré comme une racine pour la conscience qui y fleurit.

Et ne dit-on pas de quelqu'un qui habite pleinement son corps qu'il est bien enraciné dans la vie ?

Cela vaut la peine de l'essayer, le dessin de racines d'arbres évoque directement les lignes du corps, il est beaucoup plus sensuel et organique que le dessin des branches.

Étapes de dessin au graphite d'un homme nu,
replié sur les racines d'un arbre.

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Croquis de base

Croquis d'après une photo prêtée par le modèle. Le sujet, un homme nu, est couché sur les racines découvertes d'un arbre. La pose n'est manifestement pas aisée, ce qui se traduit par une raideur dans le geste.

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Esquisse après modifications

Pour rendre la pose plus souple et détendue, la jambe qui était repliée sur la poitrine est légèrement dépliée, le bras qui tombait en ligne droite à la verticale est inscrit dans une courbe.

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Rendu sommaire des ombrages

Les ombrages sont disposés de façon à mettre en valeur les racines et les zones de lumière sur le corps.

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Travail de mise en valeur sur le visage et le haut du corps

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Travail de mise en valeur des racines

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Mise en valeur finale avec légère hachures

Oui le titre peut sembler provocant ou quelque peut radical…

Et pourtant, dans le processus du dessin, comme d’ailleurs en amour, cela correspond à une réalité tangible.

Pour dire la chose en une seule phrase, les attentes et volontés de maîtriser une technique nous conduisent tôt ou tard à trahir la relation avec l’être.

Pour être plus précis en ce qui concerne le dessin, si notre attention est entièrement concentrée vers la maîtrise d’une technique artistique, cela se fera en quelque sorte au détriment de l’amour porté au sujet, ou de la qualité de la relation avec l’être représenté.

Pour mieux comprendre, en prenant l’analogie de l’amour humain, si l’un des partenaires est obsédé par la maîtrise de sa technique de séduction ou de sa performance au lit, son conjoint en finira immanquablement par se sentir abandonné ou trahi. Parce que le partenaire en question n’est pas véritablement en relation amoureuse avec un être vivant, il est en relation exclusive avec ses attentes et volontés de maîtrise, d’où une forme d’infidélité à l’être « aimé ».

Cela s’applique de toutes sortes de façons à une variété de contextes. Tout le monde a pu expérimenter, enfant, une forme de trahison de l’amour parental à son égard lorsque l’attente de performance scolaire ou sociale est devenue trop écrasante, occultant du même coup la complicité de tendresse naturelle entre le parent et l’enfant.

Pour en revenir au dessin, commençons par aimer. L’amour sincère porté au corps ou au sujet entrainera inévitablement une forme de « savoir-faire » souple et intégré, alors que l’incessante quête de performance et de maîtrise ne peut faire autrement qu’engendrer déceptions et frustrations, malgré les rares instants où l’artiste chevronné peut s’estimer content de lui-même.

Parce qu’en définitive, devant la page blanche, comme face au sujet ou en début de relation amoureuse, les pendules sont d’une certaine façon toujours remises à zéro. Nous sommes obligés de s’avouer que nous ne savons rien, se reconnaissant nous-mêmes vierges devant l’inconnu, ayant une fois de plus tout à apprendre, à découvrir et à connaître !

Ci-dessous quelques croquis et esquisses préparatoires pour apprivoiser le sujet.


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Nous avons beau avoir étudié la perspective, l’anatomie, les règles de la composition, et plus et plus, le processus de dessin à main levée continuera toujours à se pratiquer avec une part d’essai-erreur !
 
En d’autres mots, nous n’avons d’autres choix que de d’abord plonger en se lançant sur le papier, et ensuite de « barboter » dans le flou avant que se précise la forme. Et dans le cas de manque de points de repères tangibles, quand notre œil n’a que peu de références connues sur lesquelles s’appuyer, nous serons encore et encore appelés à redessiner jusqu’à ce que le dessin entre dans sa juste résonance.
 
Dessiner un sujet à main levée est une aventure « obligée », celles et ceux qui voudraient une recette infaillible sont mieux d’utiliser une photocopieuse ou de s’en tenir à la peinture par numéro.
 
Dans le cas du dessin ci-dessous, le léger raccourci en contre-plongée déstabilisait suffisamment la lecture des proportions pour que les membres du corps aient à être rajustés à plusieurs reprises. Et même avec toutes les corrections, des « erreurs » subsistent.
 
 
Esquisse d’un saut de danse en contre-plongée
 
Le but, encore une fois, n’est pas d’atteindre une inatteignable « perfection », mais bien d’accepter de vivre pleinement l’aventure du dessin et de se faire l’interprète du vivant.
 
Et pour cela, le fait de coller scrupuleusement aux apparences ne suffit pas, comme en témoigne le fait que si l’on trace consciencieusement une photo, le dessin qui en sortira apparaîtra souvent maladroit et disproportionné.
 
 
Rendu sommaire des ombrages
 
De la même façon qu’à l’étape du dessin des contours, le processus de mise en valeur sera l’occasion d’à nouveau procéder à d’autres réajustements des formes et proportions, le rendu des ombrages faisant ressortir d’autres « erreurs ».
 
 
Mise en valeur avec hachures
 
Il est toujours possible, pour débuter, d’utiliser de simples lignes de constructions pour faciliter le processus. Voir le même mouvement, dessiné étape par étape, au moyen d’une grille de construction.
 
Ce dessin de saut de danse fait suite au dessin d'un « pas de danse » (arabesque) déjà publié, en s’inspirant du même modèle.

Source d'inspiration : Photo attribuée à Andre de Dienes


Ce titre, Proposition de collaboration, remplace le titre précédant de cet article qui était Demande de collaboration.

L’article lui-même aussi a été changé. Il s’agissait initialement d’une demande d’aide de recherche de documentation pour réaliser une série de dessins sur la détresse de l’enfermement intérieur.

C’est la première fois que Dessiner au jour le jour lançait un appel de collaboration auprès des internautes. En ce sens là, c’était aussi un test de participation.

Bien que ce site reçoive plusieurs milliers de visites par mois, pas une seule réponse à cet appel n’a été envoyée par les visiteurs, confirmant la tendance du web qui, sauf exception, est avant tout orienté vers la « consommation » plutôt que vers une réelle participation.

Et pourtant le besoin d’entraide pour ce qui est de la recherche de documentation est bien présent, confirmé entre autres par le fait qu’un grand nombre croissant d’internautes aboutissent précisément sur ce site parce qu’ils sont en quête d’un modèle ou d’une ressource visuelle pour dessiner un sujet donné.
 

Création d'un groupe de recherche de documentation pour dessiner le corps humain

 
Dessiner au jour le jour propose donc de créer un groupe de recherche et de partage de documentation visuelle, plus particulièrement sur le corps humain, sans exclure d’autres thèmes. Ce groupe fonctionne sur une base très simple : Quand un membre du groupe recherche de la documentation sur un sujet, il lance un appel par courriel, appel que dessiner au jour le jour relaye à l’ensemble des membres qui se sont inscrits. Ensuite, toutes les personnes qui participent activement à la recherche en envoyant du contenu ont accès à un fichier pdf contenant l’ensemble des images qui ont été récoltées sur le sujet.
 
Pas plus compliqué que ça.
 
La question est de savoir si cela intéresse un nombre suffisant de personnes pour que cela fonctionne.
 
Pour signifier votre intérêt et vous inscrire au groupe, il suffit d’envoyer votre adresse courriel à l’adresse suivante (les adresses reçues ne seront utilisées à aucun autre usage que celui de la participation au groupe de recherche) :
 
Quand une trentaine d’inscriptions auront été reçues, un courriel vous sera envoyé pour vous prévenir que le groupe de recherche est opérationnel et que les demandes de documentation peuvent être envoyées.

 


Le processus d’enfantement d’un dessin suit rarement un parcours linéaire. Ce n’est pas, comme beaucoup le conçoivent, une ligne droite reliant directement deux points, celui de l’idée et celui de l’exécution de cette idée.
 
Notre propre parcours de vie n’est pas rectiligne, il se permet de cheminer en traçant des méandres, en semblant s’égarer pour mieux retrouver sa direction.
 
Le dessin lui-même n’est pas constitué de lignes droites, parfaitement utilitaires et volontaires, comme le serait un plan d’ingénieur.
 
Le dessin est rempli de lignes sinueuses qui cheminent, se croisent, flânent et qui même parfois s’égarent.
 
Bien sûr, certains artistes commerciaux en arrivent à développer des formules extrêmement précises et contrôlées, formules qu’ils appliquent systématiquement à tout ce qui leur passe par les mains.
 
De leur coté, la majorité des amoureux de ce qu’ils dessinent vivent toutes sortes d’imprévus et d’aventures propre à leur « relation amoureuse »
 
Le dessin ci-dessous s’inspire d’une photo représentant une femme endormie dans la nature.
 
 
Esquisse au crayon
 
Il s’agit avant tout d’une étude sur l’abandon, le sommeil, et aussi sur une forme de retour à soi, vers l’intérieur.
 
 
Rendu sommaire des ombres
 
Une mise en valeur sommaire a permis de renforcer la dimension d’intériorité dans l’espace crée par le visage et la main repliée sur la poitrine.
 
L’étude en elle-même étant complétée, il était difficile de voir comment amener le dessin plus loin, comme s’il manquait quelque chose au sujet lui-même pour en faire un dessin plus achevé.
 
Le défi consiste en ce cas à s’ouvrir à une autre dimension, non présente dans l’image qui a servi de modèle.
 
Cela demande de « creuser » plus profond, au-delà des apparences, pour aller chercher un autre sens, ou un sens sous-jacent à ce qui est apparemment représenté dans la scène.
 
Une des façons de procéder est de réaliser une série de tout petits croquis, toujours sur le même thème, mais en variant légèrement les angles de vue et en laissant la possibilité que quelque chose se passe, le surgissement d’une interaction ou d’une dimension imprévue.
 
 
Croquis de recherche
 
Cette série de croquis a mené à la possibilité que la personne se soit endormie au centre d’une clairière en pleine forêt, et que divers animaux, attirés par la curiosité, viennent timidement voir ce qui se passe.
 
 
Croquis d’imagination
 
Cette scène deviendra peut-être une illustration un jour. Pour l’instant cette petite graine d’illustration en devenir est délicatement déposée dans la forêt, et l’étude est reprise là où elle avait été laissée.
 
Le fait d’être parti se « promener} » en pleine nature sauvage permet de voir différemment l’image au retour.
 
Les quelques plantes représentées, qui jusqu’à maintenant apparaissaient comme étant relativement accessoires, prennent une nouvelle importance.
 
Le dessin trouve dès lors une nouvelle possibilité de croître et fleurir.
 
La mise en valeur est retravaillée de façon à faire ressortir les éléments de nature, lesquels viennent en quelque sorte représenter l’état intérieur de la personne endormie.
 
 
Mise en valeur avec rehauts de couleur
 
Pour l’instant, le dessin ne semble pas vouloir aller plus loin. Inutile de se battre avec lui.
 
Laissons le dormir. Laissons dormir la belle au bois dormant, nous reviendrons la voir.
 
Une autre histoire à suivre…
La rencontre de l’obstacle, comme l’égarement sur des sentiers sans issue, est un incontournable de l’aventure de l’artisan dessinateur. Entendons par obstacle, ce mur sans faille, cette impasse obstinée, auquel l’artiste semble si souvent se buter dans le processus de création.
 
Vous cheminez allègrement dans la réalisation d’un dessin, puis le chemin semble se rétrécir, les obstacles se multiplient, et subitement c’est l’impasse totale, le mur de béton armé.
 
Parfois les signes avant-coureurs apparaissent dès le début du processus. Le résultat est le même quand l’obstacle apparaît dans toute son ampleur : découragement, perte de motivation, sentiment d’impuissance ou d’échec, les bras en tombent, l’abandon semble fatal.
 
Et effectivement, le simple passant rebrousse chemin, abandonnant l’œuvre inachevée à son sort. L’artisan dessinateur continue. Pourquoi ? Non pas parce qu’il est moins découragé ou plus courageux, mais plutôt parce qu’il « connaît » son crayon.
 
Il sait que son crayon peut non seulement dessiner et reproduire, mais aussi redessiner. C'est-à-dire redessiner ce qui à priori « se dessine mal », ce qui semble bouché, caduque, inadéquat et fermé. Il sait que la pointe de son crayon peut redessiner une issue à ce qui semble ne pas en avoir.
 
Pour l’instant, le dessin ci-dessous, qui a déjà été modifié quelques fois, est en position d’impasse.
 
ëtude de mains sur le ventre d'une femme enceinte
 
Une histoire à suivre…