Point de départ : Une photo tirée d’une séance de pose avec deux modèles sur le thème de l’accueil du nouveau-né.
Description : Une femme, assise à terre, regarde le nouveau-né qu’elle tient dans ses bras, pendant que l’homme s’agenouille pour contempler la scène, la main posée sur les épaules de sa compagne. La scène est vue de haut, en plongée, comme si elle se déroulait à nos pieds.
Défi : le bébé, n’ayant pas été incarné par un modèle sur la scène, est encore à représenter.

Je suis touché par le mouvement de l’homme, qui est particulièrement attentif à ce qui se passe dans les bras de la femme. Tout son corps se penche avec sensibilité vers le petit miracle de vie qu’est l’accueil d’un nouveau-né.
En dessinant l’homme, je me rends compte que les courbes de ses seins, la largeur des mamelons ainsi que l’arrondi du ventre sont prononcés, contrairement aux stéréotypes de l’homme dit « viril ». Un peu comme si le corps de l’homme avait voulu aussi participer du mystère de la grossesse, de la naissance et de l’allaitement. Sans chercher à l’exagérer, je me suis naturellement appliqué à rendre cette féminité portée inconsciemment par le corps de l’homme.
Du coté le la mère, la générosité du corps et l’arrondi de l’ensemble des lignes traduit une terre d’accueil hospitalière pour la nouvelle vie qui s’en élance.

Pour commencer, j’esquisse la position du bébé, pour me rendre compte que si je suis l’écart entre les deux mains de la mère, le bébé sera passablement plus grand qu’un nouveau né.

Je fais un nouveau croquis, correspondant d’avantage aux proportions d’un nouveau-né, ce qui fait ressortir que la main du haut devra être rabaissée.
Parallèlement, j’abaisse le bras de l’homme qui créait une masse dérangeante entre les deux têtes.

Ensuite je rabaisse la main de la mère pour qu’elle se rapproche de la tête du nouveau-né. J’ai l’élan de déplacer légèrement la main du père qui restait un peu inactive, laissée pour compte sur son genou. Il s’agit d’un très léger déplacement qui ne me demandera pas de redessiner de mémoire tout le bras. Juste de quoi pour traduire le fait que le père esquisse un mouvement vers le bébé, un geste un peu gêné et gauche, comme bien des nouveaux pères le font la première fois qu’ils assistent à ce jaillissement de vie devant lequel ils se sentent impuissants.

Je retravaille la position du bébé en le rapprochant du sein, comme si la mère cherchait à l’allaiter.
Je ne suis pas tout à fait sûr du résultat. Ayant beaucoup travaillé sur le dessin, je ne le « vois » plus. Je le laisse volontairement de coté pour travailler sur une autre image, afin de mieux y revenir plus tard, avec un regard neuf !
En reprenant plus tard l’étude, j’ai l’élan d’aller plus loin et de tenter d’en faire une représentation de la scène de la nativité.
Idéalement, je voudrais que l’on puisse sentir que l’enfant vient de naître. Sans rentrer dans une description réaliste, ce serait de trouver une façon de représenter cette « première rencontre » entre l’enfant et la mère.

Dans le dernier croquis, le bébé a l’air de tomber de coté. Il est amené par les mains de la mère vers le sein, mais on ne devine pas la rencontre.
Je fais une recherche de documentation pour trouver d’autres positions de bébé.

En même temps, je vais voir s’il y a des éléments que je peux reprendre dans d’anciennes scènes de nativité. Je ne trouve pas grand-chose à part quelques positions de mains que j’esquisse.

Pour les drapés, les plis des vêtements de l’époque, je n’ai aucune idée de la façon de les rendre. Je n’ai pas de modèles sous la main pour en faire une étude. Je décide de m’inspirer de conventions simplifiées que l’on utilisait dans le rendu des drapés sur les icônes.
Je fais quelques croquis rapides d’après des reproductions d’icônes.

Puis je me lance à l’eau sans trop réfléchir pour faire le brouillon des grandes lignes des drapés sur les personnages. Pour ce faire, je fais une photocopie du dessin sur laquelle j’esquisse les drapés au crayon de couleur.

Je place mes études devant moi et je reviens à mon dessin original.

J’efface doucement l’actuelle représentation du bébé, de façon à garder comme point de repère une « image fantôme » gravée dans le papier.


Puis je redessine l’enfant dans une position plus verticale, les yeux ouvert et le regard tourné vers le haut, vers le visage de la mère, comme le font les nouveau-nés quand ils regardent leurs parents sans vraiment encore comprendre ce qu’ils voient.


Je retravaille un peu la main gauche de la mère, en m’inspirant des études, pour que le mouvement soit plus doux.
Pour ce qui est du personnage masculin, le « Joseph », je m’aperçois qu’il va être définitivement différent de la norme des Joseph représentés sur les anciennes scènes de la nativité, dans lesquelles il apparaît souvent distant, comme s’il n’était pas véritablement concerné par la mise au monde du nouveau-né. Dès fois il est même physiquement un peu à l’écart, songeur ou boudeur, comme s’il n’avait pas été invité à la naissance de l’enfant. Cette représentation traditionnelle cherche semble-t-il à traduire ses doutes par rapport à la nature du véritable père de l’enfant à naître.

Dans cette nouvelle représentation de la nativité, il s’agit d’un Joseph qui se retrousse les manches et qui participe pleinement à l’accouchement. Il a enlevé sa toge, et sa tunique dénouée exprime qu’il a contribué à l’effort en soutenant le travail de Marie. Après tout, vu qu’il était seul avec elle, je conçois difficilement qu’il n’ait pas contribué à l’accouchement d’une manière ou d’une autre.


Pour Marie, je commence par esquisser le voile, signe distinctif, s’il en est, des représentations mariales, même si je le dessine un peu plus défait qu’à l’ordinaire.

Puis j’habille progressivement le bras droit et les jambes.

À certains endroits je laisse apparaître un deuxième drapé, plus fin et plus clair, pour faire une transition avec les espaces où le corps apparaît dénudé. Un peu pour confirmer le fait qu’elle vient d’accoucher, s’étant partiellement dénudée pour permettre la venue au monde de l’enfant.

J’ajoute un chiffon dans la main de Joseph pour confirmer sa contribution à l’accouchement.

Puis je personnifie son visage conformément à l’image que l’on s’en est fait au travers des âges.

Enfin je fais une recherche sommaire de couleurs, et je réalise un premier rendu aux crayons de couleurs, avec de légers dégradés et ombrages pour faire ressortir les drapés. J’utilise deux couches successives de couleurs, du plus pâle au plus foncé.
Puis je prends une autre pause, pour encore une fois y revenir plus tard avec un regard renouvelé.